‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 311 sur 612 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

forges de Courrendlin et d’Undervelier d’où il sort une sorte de fer excellent que les ouvriers en ustensiles et en travaux tins préfèrent du tout au tout au fer ordinaire et qu’ils paient beaucoup plus cher.

Quant à la ville, elle est située sur une petite éminence au côté septentrional de la vallée à une distance à peu près égale des deux bouts. Les édifices et les maisons n’y sont pas plus magnifiques qu’à Porrentruy, mais tout y est riant. Ici la longueur de la ville va d’orient en occident et semble s’être ajustée à la nature de la vallée. Les rues sont longues, larges et arrosées ou lavées chacune d’un beau ruisseau. Elles sont coupées par une autre rue qui les traverse du septentrion au midi au beau milieu de la ville. On voit dans cette ville le somptueux et magnifique palais du prince où il va quelquefois passer une partie de l’été. On voit au côté oriental du palais la grande église qui fait belle figure. On y voit l’hôtel-deville, celui du châtelain, celui des chanoines de Saint-Germain, les ursulines et, hors de la ville, les capucins, etc.

Je ne crois pas qu’on puisse trouver nulle part une société plus choisie ni de meilleur goût qu’à Delémont (1740). C’est, là que séjourne ou réside le seigneur châtelain dans un château ou maison épiscopale (la préfecture actuelle) avec un train proportionné, de même que le seigneur lieutenant du prince, son adjoint. On y voit un Chapitre de chanoines séculiers, tous gens de qualité ou docteurs. Il y a parmi eux des gens de la plus haute naissance, comme les Baldenstein, les Reinach, les Wicka, etc. On y en voit d’un savoir le plus distingué: les Schnorff, les Mailler, etc. Joignez à cela bon nombre de noblesse qui se trouve dans la ville. Trouverez-vous au monde un plus agréable lieu1?

Les habitants de la campagne de cette belle et incomparable vallée méritent toute l’estime et tout l'amour des étrangers. On voit en eux avec une simplicité tout antique, une religion sincère et une bonne foi admirable. Incapables de tromper, ils ne présument jamais qu’on soit capable de les tromper. Ce sont pourtant des gens d’esprit, mais bons. 1 Is ne savent ce que c’est ce que de se défier.

La prévôté de Saint -Ursanne. — La ville de Saint-Ursanne qui en est la capitale est bâtie dans un fond sur le fleuve du Doubs. Il y a, outre tout le reste qui convient à une ville, un Chapitre fameux de chanoines séculiers. Le haut officier du prince ne se nomme pas le châtelain, mais le lieutenant de Son Altesse. Je n’ai jamais passé dans ce pays-là ni dans la ville qu’une seule fois. Mais tout m’y a paru incomparablement plus fier dans les uns et plus rustique dans les autres que dans le reste de l’évêché. Que sais-je si les affreuses impressions que donne l’effrayant fleuve du Doubs n’en sont pas un peu la cause?

La montagne des Bois. — ■ Cette châtellenie occupe le sommet d’une montagne qui peut avoir de six à sept lieues de longueur et une bonne lieue de largeur. C’est un pays tout plat et tout uni et tellement au niveau qu’un ruisseau n'y saurait couler d’aucun côté. Les habitants sont très portés pour la société, les nouvelles, les caquets et surtout la danse dont ils sont fous. Ils sont toujours affamés de nouvelles. Ils se cherchent perpétuellement les uns et les autres pour en savoir ou pour en débiter. Et ils ne sauraient se rencontrer sept ou huit ensemble sans se mettre à danser jusqu’à n’en pouvoir plus. Ils ont l’imagination plus vive encore et plus féconde que les Ajoulots (1740).

Saint Léger (Saignelégier), capitale de ce pays, outre les foires qui sont fameuses et exorbitantes en bétail de même que celles de plusieurs autres lieux

DESCRIPTION DE L’EVECHE

de la châtellenie, comme Noirmont, Saint-Brais, etc. est la résidence du seigneur châtelain, haut officier de Son Altesse. C’est aujourd’hui M. le baron de Lœwenbourg, l’un des plus intègres et des plus fidèles ministres que jamais aucun prince du monde ait eu.

Les richesses de ce pays consistent en gras pâturages, en bestiaux et en gibier merveilleux et rare, dont Messieurs le's Suisses voisins sont très envieux et assez avides.

Vallée de Saint-Imier. — La vallée de Saint-Imier n’est pas si large que celle de Delémont. Mais elle est si belle, si fertile, elle est si remplie de beaux et magnifiques villages tous situés sur la charmante et poissonneuse rivière de la Suze qui y coule; elle est si riche partout et principalement dans les hautes paroisses où fleurissent le commerce et les beaux arts que c’est une des merveilles du monde.

Le châtelain ou grand-bail lif fait sa résidence à Courtelary qui est à peu près

Vue de l’ancien Cloître de l’église de Saint-Ursanne.

au centre de ce grand et insigne bailliage; mais le château qui se nomme Erguel, et dont le bailliage même prend le nom d’Erguel, est â Sonvilliers. On l’entretient pour l’entretenir, et peut-être â cause des fortes prisons qui y sont. Mais il n’est habité que par un concierge.

Saint-Imier, capitale de cette contrée, n’est qu’un bourg qui ne paraît pas beaucoup, quand on 11e fait qu’y passer. Cependant il y a deux belles églises, l’une extrêmement grande pour l’office du dimanche et des fêtes avant midi et l’autre moins spacieuse pour les autres services. Les assemblées religieuses du dimanche matin sont plus nombreuses à Saint-Imier qu’en aucun autre endroit parmi les protestants, cent lieues à la ronde, à moins que ce ne soient celles de Saint- Jean à Schafihouse et peut-être de Saint- Vincent à Berne. La paroisse de Tramelan (toujours en Erguel) ne le cède peut-être pas, ou de peu, à celle de Saint-Imier par rapport au nombre des paroissiens. Celle de Renan est encore innombrable. Les autres au nombre de sept, dont la principale esl Perles où se rend tout l’Erguel allemand, ne le sont pas autant et ne laissent pas d’être considérables.

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