CHAPITRE XXXV
Mais ce qui, sur toutes choses, fait de Moutier-Grandval un des séjours du inonde le plus souhaitable, c’est le doux et heureux gouvernement de Messieurs de Mahler qui depuis près d’un siècle régissent de père en fils le Münsterthal, et l’on espère que cela durera toujours: c’est la sagesse, la justice et la bonté même. Le châtelain de Mahler a sa résidence, comme ses prédécesseurs, à cause de la religion, à Delémont où il fait un des principaux ornements de cette agréable ville (1740), mais il est engagé pour les affaires de sa charge d’être souvent à Moutier.
Comment dirai-je adieu à Moutier-Grandval, à mes gens du bon vieux temps? Il faut pourtant s’y résoudre et l’oublier si je puis.
Vallée de Ta vannes. — La seconde vallée du Münsterthal est celle de Tavannes. Elle est fort grande et renferme en quatre paroisses quantité de villages dont quelques-uns, comme celui dont elle porte le nom, sont d’une grosseur prodigieuse. A Tavannes, on peut voir le pasteur Pergaux, homme d’esprit, poli, du grand monde, et néanmoins sage comme un Caton. A Bévilard, on peut voir aussi M. Moschard, l’un des plus dignes pasteurs de toute la Suisse.
Le Petit -Val. — J’y ai compté quatre bons villages, sans parler des hameaux de Montrond et d’Écorcheresses, auxquels on donnerait très bien le nom de villages en d’autres pays. Cette vallée qu’on nomme le Petit -Val est tout aimable, par l’amour singulier, le zèle et l’attachement de son peuple pour la religion et la piété.
Bienne. ■ — Bienne est une fort belle ville, assez grande et très agréablement située. A vingt pas de la ville et du fond d’un grand et fertile vignoble, sort une source très abondante de la meilleure eau du monde, et qui fournit non seulement aux fontaines publiques, qu’on voit partout dans les rues, mais encore à celle des maisons particulières en si grand nombre que presque tous les bons bourgeois ont la leur dans leur cuisine ou dans leur cour.
A Bienne, outre la grande église qui d’un côté, a la place qu’on nomme le Rhin et de l’autre, une belle plateforme, on voit au côté septentrional d’une autre belle place, l’hôtel-de-ville sur le magnifique frontispice duquel est représentée l’histoire de Guillaume Tell qui donna lieu à la liberté des Suisses. Joignant l'hôtelde-ville au côté oriental est la chancellerie, maison superbe nouvellement rebâtie, et du côté occidental, se voient l’arsenal et les halles. La rivière de la Suze passe au milieu de la ville et presque toutes les rues ont chacune leur ruisseau pour les laver. Les horloges â l’usage du public sont placées très commodément pour cette fin.
Quoique le bailliage et juridiction de Bienne ne soient pas d’une grande étendue, puisqu’elle se borne à quelques villages -en assez petit nombre, cependant, parce que la ville elle-même est importante, le prince y a son haut officier qui a titre de maire et qui préside dans toutes les chambres de judicature ou de police. Celui d’aujourd’hui est un gentilhomme de la maison de Tellung. Bienne fut de tout temps fertile en grands hommes. Témoin, par exemple, l’incomparable théologien Thomas de Wittenbach au XIVe et XVe siècle; témoin encore le mathématicien Rosius le plus savant de son siècle. En particulier, Bienne est heureuse en médecins consommés ; par exemple feu M. Grosjean, M. Herma, etc. Les bonnes têtes politiques n’y manquent point. Feu M. le bourguemaître Scholl a mérité l’éloge du journal helvétique et aujourd’hui M. Wildermat son successeur, M. le tribun Lembelet et M. le chancelier Blœsch s’attirent la considération du prince même et le respect de toute la bourgeoisie pour leur rare prudence. Il y a à Bienne
DESCRIPTION DE L’EVECHE
beaucoup de familles nobles. Je crois que les plus anciennes sont celles des Wittenbach et des de Lois.
Neuveville. — La Neuveville avec son petit bailliage, mais aussi avec son grand et riche vignoble, est située au bout occidental du lac de Bienne. Elle a trois belles rues avec leurs ruisseaux, lesquelles aboutissent au lac du côté du midi et aux vignes du côté du septentrion. Il n’y a rien de fort remarquable dans cette ville, si ce n’est qu’elle est très agréablement située et qu’elle est bien bâtie quoique sans magnificence. On y voit pourtant deux belles églises où il n’y a de cloche ni en l’une ni en l’autre. La sonnerie, qui est merveilleusement belle et
La ville de Bienne. — Place principale.
forte, est placée dans une grande et haute tour de la maison de ville. Du temps de M. le pasteur Immer, excellent théologien et très digne ecclésiastique, et qui boitait un peu, nous avons, disaient les bourgeois, des églises sans cloches, un clocher sans église et un pasteur qui cloche.
Le château où devraient habiter les seigneurs châtelains, étant un peu trop élevé, ces Messieurs aiment tous mieux loger en ville. — Le corps de ville qui a son conseil est puissamment riche. Le haut officier du prince préside dans toutes les chambres civiles. C’est aujourd’hui M. Immer, seigneur de grand sens et de grande conduite, qui aime la religion et pratique rigidement la vertu.
M. l’Abbé de Bellelay, décimateur de la Neuveville, a une belle, grande et spacieuse maison sur le port, dans laquelle les religieux qu’il gouverne vont un