LES REBELLES CHERCHENT DES ALLIÉS
extrêmes. Par son ordre, une assemblée générale, composée de députés de chaque ville et communes de l’évêché, se réunit au château de Porrentruy le 15 décembre (1738). Sigismond rappela à ses sujets tout ce qui s’était passé depuis dix ans, et leurs plaintes réitérées, et leur résistance ouverte aux ordres de l’empereur, et les efforts inutilement faits par son prédécesseur et par lui pour ramener la paix et la subordination ; il voulait bien encore leur offrir un dernier moyen de rentrer en grâce avec lui. Il leur accordait deux mois pour faire par écrit leur soumission à la sentence impériale ; passé ce terme, il serait obligé de recourir aux voies de la rigueur et de la sévérité.
Pour toute réponse, cinq jours après l’assemblée, Pequignat réunit à Courgenay des députés de toutes les communes et leur fait adopter la résolution de se donner la main en foi de serment de fidélité, de se tenir en leurs anciennes franchises et coutumes, si mieux n’aimait Son Altesse produire de plus anciens titres. En même temps, on décidait de chercher à avoir le secours d’un État étranger; on devait s’entendre ultérieurement pour ce sujet et députer quelques-uns des commis du pays avec pleins pouvoirs pour contracter alliance à l’étranger (20 décembre). Quelques jours après cette réunion, les officiers du prince, le châtelain de Gléresse et le grand-maire Scheppelin parcouraient les villages avec des feuilles de soumission qui devaient être signées par tous les rebelles et retournées au prince. Le mot d’ordre, parti de Courgenay, était donné; pas un Ajoulot ne se présenta pour signer; il n’y eut que les officiers du prince ou quelques craichies qui allèrent en secret au château apposer leur signature à l’acte de soumission (20 janvier 1739).
Le 31 janvier (1740), tous les maîtres-bourgeois d’Ajoie se réunissent â Courgenay: ils ont ample procuration de leurs communes; il s’agit de chercher à l’étranger un appui qui leur manque. On parle depuis longtemps de négociations secrètes que le prince s’efforce d’entretenir avec des souverains étrangers pour obtenir d’eux un renfort armé contre les rebelles; eux aussi, les rebelles, ils veulent se faire des amis chez les peuples libres du voisinage, et s’assurer des alliés pour l'heure du danger ou de l’oppression. Les quatre commis d’Ajoie, auxquels on adjoint trois fidèles Ajoulots, sont chargés de pleins pouvoirs pour aller saluer les louables cantons suisses et leur demander leur bienveillance et leur bonne protection. Vers le milieu de février, les ambassadeurs du peuple ajoulot se mettent secrètement en route pour Lucerne. Arrivés dans cette ville, où ils croyaient compter des sympathies, ils trouvent l’accueil le plus froid: on leur dit que le canton est allié avec le prince, mais non avec ses sujets mutins comme eux, et on leur ordonne de sortir instantanément de la ville et sans plus retarder. Confus de ce premier échec, les députés se dirigent vers Soleure: là, on les arrête aux portes de la cité, et on les avertit de ne pas entrer dans la ville, sans quoi on les mettrait en prison. 1 Lucerne et Soleure étaient alliés du prince, Berne ne l’était pas: Berne les accueillera plus favorablement. Le 20 février, Pequignat et ses compagnons de route se présentent aux portes de la ville; on les laisse entrer. Ils demandent à parler au chef du gouvernement: l’avoyer d'Erlach leur donne audience, reçoit de leurs mains un Mémoire où leurs griefs étaient amplement détaillés et les renvoie au lendemain pour une réponse de Leurs Excellences.
1 Rapport de Germain Prongué, de Buix, fait à son village à son retour du voyage en Suisse.