‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 320 sur 612 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Le soir même, M. d’Erlach écrivait au prince de Pminach: . . . „Sept députés soi-disants de trente-trois communautés du pays d’Ajoie se sont présentés avec un Mémoire. Après qu’ils ont été à mon audience, j’ay trouvé à propos de concerter avec M. l’avoyer Steiger sur quel point il conviendrait d’en user avec ces mutins ; notre résultat fut de les entendre en conseil privé et ensuite de leur donner un refus par écrit, afin qu’à leur retour chez eux, ils ne puissent tronquer nos sentiments et qu’il en soit donné communication à Votre Altesse Piévérendissime par une lettre de notre conseil . . . J’ai envie de communiquer aussi à MM. les avoyers de Lucerne et de Fribourg nos bonnes intentions, qui ne seront jamais d’approuver la désobéissance des sujets." (20 février 1740.)

Pieçus le lendemain par Leurs Exellences du conseil souverain, les députés d’Ajoie furent surpris de l’accueil glacial qui leur fut fait ; l’avoyer leur reproche ouvertement leur rébellion. Ils n’avaient plus qu’un moyen de salut, c’était d’aller se jeter aux pieds de leur prince gracieux pour lui avouer la grandeur cle leurs fautes et lui donner des marques de leur sincère repentir. 1 Quant au canton de Berne, il ne voulait en aucune manière soutenir les rebelles. Après cette audience, où les députés d’Ajoie semblaient plutôt des accusés que des plaignants, l’avoyer leur remit une lettre scellée du sceau de la république : c’était une déclaration par laquelle le conseil souverain refusait tout secours aux plaignants de l’évêché de Bàle. 2

Irrités de cet accueil auquel ils étaient loin de s’attendre, les députés regagnent à la hâte leurs villages. Mais avant de se séparer, Pequignat leur fait prendre l’engagement de ne pas divulguer le peu de succès de leur démarche. Lui-même, de retour à Gourgenay, feint d’avoir trouvé bon accueil en Suisse ; il parle hautement de l’appui qui lui est promis et des encouragements qu’il a reçus. Quelques jours après, le 29 février, il réunit à Cornol des députés de toutes les communes pour leur faire part de ses espérances. Il raconte qu’il a trouvé à Berne un homme qui veut faire leurs affaires (il voulait parler de l'avocat, Després, qui avait fait un Mémoire pour les députés). — „On a retrouvé une lettre de l’empereur Rodolphe, par laquelle le pays est franc de tout, excepté des tailles, et ce pour avoir racheté cet empereur par une grande contribution qu’avait faite ce pays, lorsqu’il fut fait prisonnier par les Turcs. — Il ne viendra pas de soldats dans l’évêché; lui. Pequignat, le sait de source certaine; les affaires vont bien, Berne leur promet aide et assistance. " 3 L’assemblée, convaincue que tout allait à ravir, se sépara en remerciant les commis et en confirmant de nouveau tous les pouvoirs qui leur avaient été confiés antérieurement. Pequignat exerçait un tel empire sur le peuple que Prongué, de Buix, ayant raconté le peu de succès de l’ambassade à Lucerne et à Berne, fut regardé comme un imposteur et un craichie, et Balthasar Logos, maître-bourgeois de Gourgenay, fut cassé de sa charge et insulté publiquement, parce qu’il n’était pas de l’avis de Pequignat; sa femme fut même jetée dans la fontaine pour avoir rapporté les fâcheuses impressions de voyage de son mari. 4

1 Extrait du protocole de la chancellerie de Berne, envoyé au prince de Reinach, en février 1740. =

2 A la nouvelle de l’accueil fait par Berne aux députés d’Ajoie, M. de Marianne, secrétaire d’ambassade à Soleure, écrit au chancelier du prince: „A la fin. ces peuples seront peut-être convaincus qu’ils ne

doivent s’attendre à aucun secours de qui que ce soit,.1* 22 février. = 3 Procès-verbal de la réunion du 29 février. = 4 Prongué, de Buix, disait, en parlant de Pequignat: „Pierrat Petignat a bouché les yeux à tous les gens du pays; “ et Riat, le commis de Ghevenez, convenait qu’en présence de Pequignat ils n’osaient pas ouvrir la bouche. „Si Pierre Pequignat, disait-il, avait voulu introduire une

nouvelle religion, il aurait réussi, tant on était content quand on le voyait."

Page 1