‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 326 sur 612 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

jusqu’à Saignelégier, d’où il devra être dirigé sur Porrentruy. Après une nuit passée en préparatifs, le cortège se met en route le samedi (30 avril). Au bout de quelques heures de marche, on arrive à Bellelay; au moment où l'on entre à l’auberge pour y faire une courte halte, le fds du maire Berberat, de Fornex, qui faisait partie de l’escorte, aperçoit sur la hauteur Pequignat, Riat, Lion et Corbat qui passaient près de la maison. Aussitôt il donne l’alarme, court le premier, prend les devants, se présente à Pequignat, le couche en joue: le commis s’arrête effrayé; aussitôt, aidé de son frère, le courageux jeune homme s’élance sur le vieillard et le force à rebousser chemin vers l’auberge. En même temps, le maire de Fornex arrêtait Riat. Lion et Corbat, poursuivis à travers les buissons, finirent par disparaître et purent s’échapper. 11 restait entre les mains du vouëble Pequignat, le chef des commis, Jean Pierre Riat, le commis de Chevenez, et Jean Varé, député de Courgenay: c’était une prise importante. 1

Pequignat, le vieux tribun, n’opposa aucune résistance: lorsque le cortège qui l’escortait fut sur le point de se mettre en marche, il donna à la servante de l’auherge, nommée Jeanne la Chausse, quatre pièces de cinq sols; „deux pour faire dire deux messes et les autres pour donner pour le nom de Dieu à l’intention de Notre-Dame des Hermites qu’il lui plût lui accorder la patience. “ 2 — Le grand bailli de Saignelégier, M. de Lœwenburg, arriva à Bellelay précisément lorsqu’on arrêtait les commis: il comptait passer quelques jours au couvent pour y boire les eaux de Boulles que l’on disait remède efficace contre la gravelle: il n’eut que le temps de disposer le transport des prisonniers et de reprendre au plus vite le chemin de Saignelégier. A minuit (30 avril), il faisait monter à cheval un exprès qui accourait à toute bride apporter au prince la nouvelle de ces importantes arrestations. Le bailli demandait en toute hâte un renfort pour garder les prisonniers et les escorter jusqu’à Porrentruy : „mes gens sont trop mous et endormis" disait-il.

A trois heures du matin, le messager de la Montagne frappait à la porte du château de Porrentruy et remettait entre les mains du prince étonné son importante missive. Aussitôt le lieutenant Béguelin, avec 34 soldats, était dépêché sur Saignelégier avec ordre de ramener immédiatement les commis. .,Vous ferez garrotter les prisonniers, écrivait le président Landsée au bailli de Saignelégier, surtout Pierre Pequignat à qui vous ferez mettre des chaînes en croisée. Vous ferez ressouvenir au lieutenant Béguelin de nous donner part, à mesure qu’ils avancent avec cette bande, par des exprès, de ce qui se passe, lesquels exprès vous lui donnerez pour suivre l'escorte, pour se tenir toujours prêts à partir d’avance." (1er mai.) Pour plus de sûreté, ordre était donné aux soldats d’attendre à Saint- Ursanne un renfort qui devait protéger la marche du cortège à travers Courgenay où l’on craignait un soulèvement du peuple en faveur de Pequignat.

Toutes les mesures étaient prises: le 3 mai, au matin, les trois commis, étroitement enchaînés, furent extraits de la prison de Saignelégier et prirent, entourés d’une forte escorte, la route de Porrentruy. Pequignat n’avait pas perdu tout espoir: il comptait sur ses braves Ajoulots qui auraient bien vite raison des vingtquatre soldats qui l’entouraient. Remis en liberté, il mettrait de nouveau au vent

1 Le vouëble de Delémont et les deux fils du maire Berberat reçurent chacun 50 livres de récompense pour la capture importante qu’ils avaient faite. = 2 Rapport du maire Berberat de Fornex au

conseil de Son Altesse. — Pour les détails de cette importante arrestation, nous avons surtout mis à profit la correspondance du chancelier du prince avec M, de Marianne, secrétaire d’ambassade à Soleure.

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