PIERRE PEQUIGNAT PRISONNIER
la bannière de l’Ajoie et la lutte recommencerait plus acharnée et plus ouverte, jusqu’au jour où lui, Pequignat, chef et maître d’une république libre, irait acclamer au château de Porrentruy le nouveau canton suisse qui était autrefois l’évêché de Bâle ... On approchait de Saint-Ursanne : dans quelques heures, on touchait à Courgenay; et là l’attendaient la délivrance et la liberté! !
Tout à coup un bruit étrange se fait entendre: Pequignat a reconnu le son du tambour: on voit au loin s’avancer en ordre de bataille, l’arme au bras, un détachement français: deux cents hommes, grenadiers et dragons, à pied et à cheval, marchent sous les ordres du lieutenant-colonel de Châteaurenard : bientôt ils entourent les prisonniers et reprennent avec eux la route de Porrentruy. Pequignat apprend alors, avec stupeur, l’arrivée des Français dans l’évêché : d’un coup d’œil, il a jugé ces soldats; il baisse la tête, tout espoir a disparu pour lui. — Il passe à Courgenay; le peuple morne et consterné se tient caché: il craint les baïonnettes
françaises. Enfin les lourdes portes du château de Porrentruy roulent sur leurs gonds: Pequignat se trouve en présence du comte de Broglie et de ses officiers accourus pour voir de près cet audacieux vieillard qui depuis dix ans tient tête à l’empereur et à son prince. Puis, cette curiosité française satisfaite, les prisonniers sont conduits au plus sûr des cachots du château. On était au soir du 2 mai 1740. — La révolte n’avait plus de tête !
Une fois le chef des commis sous les verroux, le peuple rebelle, d’arrogant, de fier qu’il était dans sa révolte, devint aussitôt presque vil et rampant dans sa soumission. On courut au devant des officiers du prince chargés de faire signer les formulaires d’obéissance: les mêmes feuilles qui au commencement de l’année avaient été rejetées avec mépris et renvoyées au château sans signature, étaient, au 1er mai, reçues avec acclamation et couvertes de tous les noms des habitants de tous les villages. Pas un cri, pas une voix réclamant contre l’oppression; pas un essai de révolte, la soumission la plus entière: il semble que ce peuple, fatigué de dix ans de révolte qui n’avaient été pour lui qu’une longue période d’agitation et de ruine, voyait arriver avec une joie secrète la fin de tant misères. Le prince s’attendait d’autant moins à cet heureux résultat que la conduite des révoltés l’avait jusqu’alors habitué à une résistance obstinée et invincible. ..Les formulaires
Officiers français armés de l’esponton