‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 328 sur 612 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

de soumission se signent partout, écrivait le chancelier Decker à M. de Marianne ; si la soumission va de ce train, nous aurons bientôt fini, et nos voisins en seront bien étonnés." (2 mai.) „Les bons se rejouissent, ajoutait-il, et se regardent comme délivrés de l’oppression des méchants. Les méchants tremblent et rendent en même temps grâce au Ciel de voir les ménagements que leur prince a pour eux dans le moment même qu’il a la verge à la main. Les communautés les plus revêches commencent à ramper. L’on observe en tout et pour tout la meilleure discipline que l’on ait jamais vue."

Les dragons français, qui s’étaient préparés à quelque engagement sérieux avec les rebelles, n’eurent qu’à sé montrer dans les villages pour voir toutes les portes s’ouvrir devant eux. Bientôt tous les chefs du mouvement, tous les principaux mutins furent arrêtés et conduits aux prisons du château. Les fils de Pequignat couraient çà et là cherchant à réveiller la rébellion : le 30 avril, ils avaient arrêté à Courgenay le gros vouëble de Saint-Ursanne, qui, assisté de quelques hommes seulement, conduisait à Porrentruy Jean Froidevaux, des Breuleux, et avaient délivré le prisonnier. Ce fut leur dernier exploit ; arrêtés à leur tour par les soldats français, ils furent conduits de force au château et incarcérés tout près de leur père. Restait Fridolin Lion, qui à Bellelay avait pris la fuite devant les officiers du prince. Son compagnon de route, Germain Corbat, était revenu dans son village et était arrêté quelques jours après. Pour lui, il avait gagné la France, et, malgré son signalement donné à la fois à tous les postes des frontières, il avait pu échapper aux poursuites: nous verrons plus tard ce qu’il devint.* 1

Le prince, pour enlever à la révolte tout moyen d’action, ordonna d’abord un désarmement général. Toutes les communes durent apporter leurs armes au château: cet acte de soumission, qui coûtait tant aux Ajoulots, habitués depuis tant d’années à marcher presque toujours armés, se fit cependant sans effort. Dès le 4 mai, les arrivages affluèrent au château : Porrentruy dut vider son arsenal qui renfermait encore quelques bonnes pièces : on y voyait un grand canon de bronze portant, avec les armes de la ville, la date de 1525; un plus petit, de 1579; un autre avait été fondu aux frais du chapitre de Saint-Michel, qui y avait fait graver l’archange son patron; enfin la ville en avait fait fondre, en 1579 et 1580, trois en bronze et en fer, tous ornés de ses armes; enfin, six mortiers complétaient la grosse artillerie de la cité. Tout fut transporté au château et entassé dans une grande salle qui s’écroula de vétusté quelques années après et écrasa sous ses débris les fusils de l’Ajoie : il n’y eut que les canons de Porrentruy qui sortirent intacts de cette catastrophe. 2

Le peuple désarmé, il restait à punir les coupables. Le prince avait tout pouvoir pour établir au nom de l’empereur un tribunal inquisitorial et faire juger

1 Belfort, Saint-Louis, Montbéliard, Altkirch, Blamont, avaient reçu les signalements des commis. Partout sur les frontières, ordre était donné, de par le roi. de les arrêter, dans le cas où ils chercheraient asile en France. = 2 Ce ne fut qu’en 1762 que le prince de Montjoie autorisa les bourgeois de Porrentruy à reprendre les armes pour le recevoir à sa première entrée dans sa ville épiscopale. Ensuite de cette gracieuse permission de Son Altesse, le conseil décida qu’il y aurait 40 cavaliers, 2 trompettes,

I maître-bourgeois, 4 conseillers, I enseigne, tous en habits gris, parements-collets verts et équipage rouge, les chapeaux bordés et la chevelure en queue, etc. (Décision du conseil de Porrentruy du 22 octobre

1762.) La même année, on obtint du prince de Montjoie la restitution des canons de la ville: l’évêque de Bâle consentit à ce qu’ils fussent fondus pour aider à la façon des cinq cloches qu’on faisait alors pour l'église Saint-Pierre. Ils pesaient 1868 livres. (Voir aux archives de Porrentruy: Eglise de Saint- Pjerre ; 5“ cloches.)

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