‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 331 sur 612 · CONDAMNATION DES REVOLTES · texte numérisé non relu

CONDAMNATION DES REVOLTES

d’asile. Là, il s’était tenu caché pendant tout un mois; mais dans la nuit du 25 au 26 août, il avait escaladé la muraille du couvent servant de rempart à la ville, et couru jusqu’à Buix, où le curé Plumey l’avait reçu et conduit aussitôt à Cernay en Alsace. Comme Louis XV avait conclu avec le prince Sigismond un traité d’alliance qui assurait aux deux souverains l’extradition réciproque des criminels d’État . . . et perturbateurs du repos public, Bruat ne se croyant plus en sûreté à Rouffach, où il demeurait, se cacha quelque temps à Montbéliard; mais la régence de cette ville ayant interdit aux rebelles de l’évêché le territoire de la principauté, il gagna la Lorraine, où un ami de son beau-frère, placé à la cour de Stanislas, lui procura un asile. On croit que de là Bruat se rendit à Vienne, où il se fit une position très honorable et où il mourut. Quant à Lion, il avait pu, à Bellelay, échapper, comme on le sait, aux mains de ceux qui le poursuivaient; de retour à Gœuve, il n'avait osé rentrer sous son toit: il errait dans les bois du voisinage. Fatigué de cette vie vagabonde, il se rendit à Consolation, puis à Pont-de-Roide, enfin à Paris, où il ne trouva que misère et déception. De guerre lasse, il revint à Cœuve pour y chercher sa femme et quelques objets de son commerce (il était bonnetier), puis il franchit de nouveau les frontières de l’évêché. Arrivé à Haute chaux, il est reconnu, signalé au commandant de Blamont, AI. de la Tour de Manse, arrêté aussitôt et enfermé dans les prisons du fort (4 septembre 1740). Huit jours après, un détachement de cinquante grenadiers et de vingt-cinq chevaux escortaient de Blamont au château de Porrentruy l’ancien commis de Cœuve et sa malheureuse compagne. L’avocat Scheppelin fut chargé de défendre Lion, dont les aveux n’attestaient que trop la culpabilité.

L’instruction de l'affaire touchait à son terme : les preuves contre les accusés étaient accablantes: la résistance ouverte, violente et prolongée à tous les ordres de l'empereur et du prince était un fait avoué par tous, prévenus et témoins: tous avaient paru détester leur conduite passé, et Pequignat, le premier, reconnaissait en pleurant devant ses juges qu’il avait manqué, qu’il avait agi en insensé dans bien des rencontres, et qu’il en demandait pardon à Son Altesse. Les avocats avaient fait valoir le repentir des accusés, la jeunesse des uns, la faiblesse des autres, qui s’étaient laissés entraîner ou avaient cédé aux menaces des meneurs : la cause était entendue. Le 25 octobre, les débats étaient clos; le lendemain, la sentence était rendue.

Pierre Pequignat, dit Pierra Petignat, deCourgenay, âgé de soixante-onze ans, 1 convaincu d'avoir été chef des soi-disant commis, et en cette qualité d’avoir provoqué, maintenu et dirigé le mouvement révolutionnaire qui a bouleversé l’évêché dix ans durant, et cela contre les ordres formels de l’empereur et du prince-évêque de Bâle, fut condamné, conformément à l’article 127 et autres du code criminel de Charles Y, en usage dant toute l’Allemagne, à être conduit au lieu du supplice,

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Signature de Pierre Pequignat.

1 Nous donnons ici l’acte de baptême de Pierre Pequignat tel qu’il se trouve dans les registres de la paroisse de Courgenay. Si l’on s’en rapporte à l’usage qui existait alors de baptiser les enfants aussitôt après leur naissance, Pequignat serait né le 5 avril 1669 : il aurait donc eu le jour de sa mort 71 ans et 6 mois. „Joannes Petrus, filins Pétri Pequignat de Courgenay et Margarithce ejus uxoris, baptizatus fuit die 5“ mensis aprilis anno Domini millesimo scxcentesimo sexagesimo nono. Susceptores fuerunt Joannes Petrus filins Joannis Jeanguenat de Courgenay et Anna filia Stephani Coinan de Courgenay

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