‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 333 sur 612 · EXÉCUTION DES COUPABLES · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DES COUPABLES

au bras; le peuple se pressait silencieux et morne autour de l’appareil de mort

Tout à coup, un mouvement s’est, fait du côté de la porte qui conduit au château : c’est le cortège lugubre qui s’approche. Pequignat, le chef bien-aimé des Ajoulots, marche le premier: un jésuite l’assiste ; il écoute avec recueillement et en priant les exhortations du prêtre; . . . puis viennent Lion. deCœuve, et Riat, deChevenez. Aux côtés de Riat, soutenant ses pas chancelants, pâle et chancelant lui-même, est le Père Samuel, qui a quitté à la hâte son couvent du Landeron pour venir consoler son pauvre frère à ses derniers moments. La force armée entoure et protège les condamnés. Us arrivent à l’échafaud . . . Pequignat le premier gravit les degrés; il a baisé une dernière fois le crucifix que lui présente le prêtre; ses lèvres murmurent une suprême prière ... le bourreau a fait son devoir: la justice est satisfaite !

Et quand les trois têtes furent tombées sous le glaive, la plus coupable de ces têtes, celle qui avait commandé à la révolte et à qui la révolte avait obéi, la tête de Pequignat, le bourreau la prit et alla la planter au haut des fourches patibulaires. 1 la face tournée vers Courgenay, sa patrie, vers Gourgenay, témoin de son crime et de sa résistance aux ordres supérieurs. Et vers Gœuve, aux mêmes fourches, il suspendit la tête et la main droite de Lion; et comme si la leçon n’eût pas été assez sévère, comme si le peuple, en présence de ces trois victimes, eût eu encore besoin d’un prédicateur plus éloquent, on écartela le corps du malheureux Pequignat, et de ses quatre membres, on fit autant de trophées sanglants qu’on attacha à un poteau à l’entrée des quatre villages chefs-lieux des mairies d’Ajoie: Aile, Bure, Chevenez et Gœuve. Puis on enfouit sous le gibet les corps mutilés des commis; et, pour que la mémoire de ce tragique événement ne se perdît pas, une colonne fut dressée à Courgenay même, près de la maison de Pequignat, et sur un tableau qui la surmontait, on marqua le genre de son crime et celui de son supplice. ‘2

Quant aux autres condamnés, deux d'entre eux, Jean Yallat, commis de Bure, et Jean Varé, député de Courgenay, après avoir assisté à ce déchirant spectacle, furent bannis de la principauté, le premier pour cinq ans, l’autre pour dix. Étienne Joseph Bruat fut condamné à quinze ans de galères; le fils de Pequignat, Laurent, à cinq ans de la même peine. — Et J. CL Simon, l’écrivain ordinaire des plaignants, fut exposé une heure au carcan, ayant sur la poitrine un écriteau portant ces mots: Ecrivain- des soydisans commis, puis banni pour dix ans de l'évêché.

La leçon était terrible ; elle frappa d’épouvante le pays tout entier. Aujourd’hui encore, après cent ans et plus, le peuple de l'Ajoie raconte avec horreur le supplice

1 Les fourches patibulaires où les condamnés à mort étaient pendus se trouvaient un peu au delà de la brasserie de M. Spechbach, sur le versant de la colline de la Perche. = 2 27 octobre 1740. — De la part des président, conseillers intimes actuels et juges délégués, il est ordonné à Ursanne Crétin, lieutenant de la mairie d’Alle, de faire faire et conduire sur le grand chemin proche dudit Aile, d’ici à samedi au soir, un poteau de bois de 20 pieds de haut avec une pointe de fer plantée dessus, longue de deux pieds, à peine de désobéissance et de châtiment contre ceux qui refuseraient d’y travailler. Même ordre aux lieutenants de Bure, Chevenez et Cœuve. — 29 octobre 1740. De la part de la chancellerie de Son Altesse, il est ordonné aux vouëbles de Courgenay, Aile, Chevenez, Bure et Cœuve, de tenir des hommes prêts pour assister à planter le poteau qui sera posé près des dits lieux, et d’obéir à l’officier qui commandera à cet effet. — Il est ordonné à Laurent Vuillaume, vouëble de Courgenay, de faire faire un poteau de la hauteur de 20 pieds, avec un clou propre à attacher une affiche, et de le faire conduire au milieu du village proche de la fontaine ... — 81 octobre 1740. — Nous les président . . . savoir faisons et défendons à tous les sujets de la principauté de Bâle ... de ne pas toucher aux poteaux ni aux mem-

bres y attachés, à peine d’être rigoureusement punis . . .

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