‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 345 sur 612 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Reprenant un projet abandonné de Jean Conrad de Reinach, le prince de Rinck, par un décret du 13 octobre 1753, établit à Porrentruy une manufacture de coton pour retirer les jeunes gens de la fainéantise et leur apprendre à gagner leur vie. Le conseil de ville se chargea de désigner parmi les pauvres secourus par l’hôpital ceux qui pourraient apprendre à filer le coton. 1 Les petites fdles payaient quinze livres par tête, seulement pour leur apprentissage, dans la manufacture érigée par le prince. En même temps, pour obvier aux désordres qui résultaient de la fréquentation prolongée des auberges, Son Altesse ordonnait la fermeture des cabarets pour les gens de la ville à neuf heures en hiver et à dix heures en été, sous peine de dix livres d’amende. Les jeux de cartes et de hasard y étaient défendus, ainsi que les joueurs de violon. Les aubergistes ne pouvaient faire de crédit au-delà de dix sols; pendant les offices divins, ils devaient tenir leurs cabarets fermés, et n'y jamais recevoir les enfants ou jeunes gens. (Ordonnance du 94 avril 1759). Les bals et les mascarades furent également interdits pendant le carneval de 1748 à 1758.

La sollicitude du prince-évêque de Râle ne négligeait rien de ce qui pouvait accroître le bien-être et la prospérité matérielle de ses sujets. Nous tenons à faire ressortir au grand jour ce côté de l’administration de nos anciens souverains, afin de répondre à ceux qui soutiennent que le prince-évêque n’avait souci que de l’Église et des choses spirituelles. Le prince-évêque portait aussi bien l’épée que la crosse et notre pays n’était pas seulement remarquable par la fidélité de son peuple à Dieu et à l’Église, mais aussi par le bien-être matériel et le vrai progrès dans lequel le conduisait l’administration paternelle et éclairée de ses princes-évêques.

On sait l’importance qu’ont les forêts dans un pays de montagnes et le tort immense qui résulte de leur mauvaise tenue. Le prince de Rinck ne cessa de s’occuper de la bonne administration des forêts de ses États. Déjà en 1744 (9 mars), il avait interdit la vente et sortie du bois, des planches, lattes et charbons hors de la principauté de Râle, parce que la cherté et disette du bois augmentaient de jour en jour. Un marché spécial pour la vente du bois fut établi par ordre du prince, deux fois par semaine, le mardi et le jeudi (93 juin 1747). En outre, défense fut faite de mener en pâture dans les bois, particulièrement dans les coupes nouvellement exploitées, les chevaux, vaches, chèvres, brebis, moutons, etc. ( 1 5 mai I 747 ). „Le bois étant une des choses les plus nécessaires à la subsistance de nos sujets, disait le prince dans son ordonnance, et le plus précieux domaine d’un État bien policé, nous ne pouvons voir, sans en être sensiblement touché, l’état dégradé et ruiné où se trouvent la plupart des forêts de notre principauté . . . Nous considérons qu’il n’est pas juste que quelques avides particuliers, par la licence d’une conduite arbitraire et des motifs d’intérêts personnels, ayent la liberté de détruire un bien qui appartient au public et que la providence et la nature ont substitué au profit de la postérité, et c’est par de si justes considérations que nous continuons à donner nos soins paternels à un objet aussi important."

En 1755 (4 mars), le prince publia une ordonnance forestale très détaillée „ contenant un règlement de police avec les instructions nécessaires pour le repeuplement et l’ exploitation des bois".2 Le langage du prince mérite d’être signalé

Délibérations du conseil de Porrentruy ad 1753. = 2 39 pages in-fol. imp. chez Guchot, à Porrentruy.

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