ÉLECTION DU PRINCE DE MONT-JOIE
soir, chaque fois une demi-heure. Les sonneurs ont eu de récompenses chacun vingt livres. Les prêtres, ajoute Nicol, qui ont gardé le prince à sa mort ont eu trente sols du jour et de la nuit et dix sols pour la messe qu’ils disaient."
L’élection du successeur du prince de Rinck fut laborieuse et prolongée. L’avocat. Guélat, de Porrentruy, qui a laissé par écrit les souvenirs de ce temps, raconte ainsi les péripéties de cette élection: „Les prétendants à la principauté étaient les chanoines de Rohl, de Wangen et de Roggenbach. Aucun n’obtenait le nombre de voix nécessaires pour être canoniquement élu. Il y avait déjà eu quatorze scrutins nuis et on était au 26 octobre 1762. Le chanoine Knupfer, président du scrutin, ayant observé que dans un quart d’heure, la nomination de l’évêque de Râle était dévolue au pape, alors les trois convinrent de jeter les suffrages sur Simon Nicolas de Montjoie-Hirsingue, dans l’espérance qu’étant déjà très vieux, il ne vivrait plus longtemps. La nouvelle de sa nomination lui ayant été annoncée dans sa maison, il dit qu’il n’était pas assez fort pour porter le poids onéreux d’évêque et de prince, qu’il remerciait le chapitre de ses bontés et qu'il les priait de tourner leurs regards sur un plus habile que lui. Les chanoines lui répondirent par une députation que pour les fonctions d’évêque, il aurait le chanoine Gobel qui fut sacré évêque de Lydda, et pour les affaires de la principauté, le conseiller aulique Rilieux qui en avait une parfaite connaissance; ce qu’ayant entendu, il s’écria: „ Comment arrive-t-il que moi qui n’ai jamais été d’aucune considération dans le chapitre, je sois tout à coup nommé évêque de Bâle et prince du Saint- Empire de la manière la plus positive? C’est la divine Providence qui le veut. Allez dire à Messieurs les chanoines que je m’y soumets." 1
Ainsi fut nommé le prince Simon Nicolas, comte de Montjoie, le 26 octobre 1762, dans le quinzième scrutin, à Arlesheim. La nouvelle en arriva à Porrentruy le même jour, à sept heures du soir. La joie fut générale. Simon Nicolas était déjà connu par les nobles qualités de son cœur. Né le 22 septembre 1692, il avait fait ses études classiques au collège de Porrentruy, puis, de 1713 à 1717, il avait été élève remarqué du collège germanique à Rome. Le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, l’avait, attaché à sa personne dans ses voyages et dans différentes cours de l’Europe. Joseph II approuva le choix du nouveau prince le 10 novembre 1762; le pape Clément XIII le préconisa évêque de Bâle en avril 1763. 2
Simon Nicolas fit sa première entrée à Porrentruy le 19 novembre, un vendredi, entre trois et quatre heures de l’après-midi, trois semaines après son élection. Au rapport de Nicol, il y avait quarante-deux cavaliers de la ville, tous en habit gris, chapeaux bordés d'argent, galons d’or sur les manches et sur le col de l’habit. Les villageois avaient tous des chapeaux bordés d’argent; les corps de métiers avaient tous des habits uniformes, les uns bruns avec parements jaunes, les autres gris avec parements rouges, comme les cavaliers. Les étudiants avaient formé une compagnie ; ils portaient tous un habit brun avec parement blanc et veste blanche et le chapeau bordé d’argent. Le soir, est-il marqué au Diar/um du séminaire, toute la ville fut splendidement illuminée. C’est alors que le bon prince fit aux notables d’Ajoie, qui lui apportaient leurs félicitations, cette réponse
1 Notes historiques de l’avocat Guélat, p. 290. = 2 P. Voisard, p. 536. — Le chanoine Bajol, continuation de la Basilea sacra, ad 1762.
Évêques de Bdle *