‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 359 sur 612 · LE COADJUTEUR GOBEL · texte numérisé non relu

LE COADJUTEUR GOBEL

du moins les bourgeois, reçut du corps des cordonniers, le 11 juillet 1770, la somme de huit livres de Bàle. Cet argent fut distribué aux confrères à cause de la cherté des vivres. Tout était cher et la vie si rude qu’on ne savait de quel côté se retourner. Les pommes de terre se payaient au mois de mai quinze sols le pénal; les petites bêtes, tels que moutons, chèvres et autres sont mortes, plus de la moitié, par défaut de fourrage."

Le prince de Montjoie défendit d’abord l’exportation du grain, mais les passages d’Alsace furent aussi fermées du côté de l'évêché. Au mois de décembre, Simon Nicolas obtint du roi de France la permission de faire sortir d’Alsace les grains de ses dîmes et de celles du grand Chapitre, mais le conseil souverain d’Alsace en défendit la sortie. Le grand Chapitre porta plainte à Versailles; le roi cassa l’arrêt du conseil souverain et écrivit au maréchal de Contades à Strasbourg qu’il avait permis la sortie de ses grains à l’évêque de Bàle son sincère allié et qu’il lui ordonnait de prêter main forte, s’il le fallait, pour les sortir. Le conseil souverain d’Alsace maintint sa défense. Le roi la cassa de nouveau et menaça de sa colère les juges récalcitrants. Ces querelles ne remplissaient pas les greniers de l’évêché. Le prince envoya M. Paris, conseiller de la chambre des finances, à Mannheim pour négocier un achat de grains pour ses États. Mille cinq cents sacs de blé furent achetés de la sorte et arrivèrent dans l’évêché en mars et avril 1771. 1 Le chancelier de Bilieux écrivait à son fils à l’occasion de cette disette, le 20 décembre 1770: «Nous vivons toujours dans la cherté. On a fait du pain avec moitié farine, moitié pommes de terre, qui est aussi beau et bon que s’il était du blé pur; mais c’est une ressource qui nous devient inutile parce que cette denrée est aussi rare que le grain. On a établi un bureau des grains et c’est ce tribunal qui prend soin de fournir le marché. Il est défendu sous peine de six cents livres d’amende d’exporter des grains hors de l'Alsace et cependant il nous en arrive presque tous les jours." L’annaliste de Saint-Michel dit encore que plus de cent familles de la Franche-Comté passèrent par Porrentruy pour aller s’établir en Hongrie. 2

Le prince de Montjoie adoucit autant que possible l’épreuve qui frappait ses États, comme les pays d’alentour. 11 voulut encore favoriser ses sujets dans l'obtention des bénéfices ecclésiastiques. Jusque-là les cures d’Ajoie à la nomination de l’archevêché de Besançon, avaient toujours été conférées à des étrangers; par une ordonnance du 4 octobre 1771, Simon-Nicolas déclara que désormais les cures, chapelles et bénéfices quelconques, fondés et érigés dans ses États, ne pourraient être confiés qu’à ses sujets, à peine envers ceux qui ne le seraient pas, de ne point être mis en possession de leur revenus temporels. 3

L’excellent prince avait été frappé quelques jours avant la signature de cette ordonnance si favorable à ses sujets, d’une attaque d’apoplexie qui le mit à toute extrémité (23 septembre). Lorsqu'il fut remis de cette grave maladie, il sentit l'urgence de se donner un coadjuteur dans l’administration du diocèse: il choisit pour ce poste le vicaire-général Cfobel dont le zèle et les talents lui étaient connus.

Jean-Baptiste Joseph Gobel était né à Thann en Alsace, le 1er septembre 1727. Il fit ses études classiques au collège de Porrentruy ; élève du collège germanique à Borne de 1743 à 1747, il s’y fit remarquer par son travail et sa conduite. Docteur en théologie, il entra à ce titre dans le grand Chapitre de Bàle qui admettait

1 .Journal du P. Voisard, p. 7. = 2 Archives de Porrentruy. = 3 Ibidem.

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