‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 368 sur 612 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

1770 de Porrentruy avec le chanoine de Ligertz, le grand-bailli d’Andlau de Birseck et le grand-veneur de Schœnau, M. de Wangen se trouva à Strasbourg pour haranguer l’archiduchesse qui lui fit le meilleur accueil. Le prince de Wangen n’avait que quarante-huit ans quand il monta sur le trône de la principauté. Son élection fut saluée par l’allégresse générale. Les fêtes se multiplièrent à cette occasion et le nouveau prince marcha d’ovation en ovation. Parti d’Arlesheim le 5 juin, il alla coucher à Delémont et arriva le 6 vers les six heures et demie du soir à Porrentruy. „Une foule de monde prodigieuse, écrit M. de Bilieux, s’était rendue ici pour cette fête. Dès la veille, les dames étrangères arrivèrent au château et le jour de l’arrivée, on y dîna à trois tables dont l’une était de quarante couverts. En ville, les bourgeois se distinguaient en deux corps, dont l’un en bleu et rouge était formé de tous ceux qui ont servi et l’autre en gris et rouge du surplus de la bourgeoisie. Vers les trois heures, les troupes prirent leurs stations: à Saint- Germain, les petits Suisses; depuis la maison-de-ville jusqu’à la porte de Courtedoux, la rue était bordée par les deux compagnies bourgeoises. La cavalerie d’Ajoie commandée par M. le grand-maire était de cent chevaux auxquelles vingt volontaires s’étaient joints et celle de la ville de quarante à cinquante. M. le maître-bourgeois Theubet en était le capitaine ... On soupa à huit heures et vers neuf heures et demie le prince suivi de sa cour fit le tour de la ville à pied. La ville était très joliment illuminée, tout le monde s’étant empressé de témoigner sa joie au nouveau souverain. On remarquait parmi les illuminations, celle du collège, le portail des Ursulines et la maison-de-ville . . .

„Son Altesse, ajoute M. de Bilieux qui écrit le 22 juin 1775, est partie aujourd’hui pour Garspach d’où elle revient demain pour le dîner. Le prince se fait on ne peut pas plus aimer. Il a déjà fait baisser le prix du grain, en en exposant en vente au dessous de celui qu’on offrait; en un mot, tout s’annonce au mieux."

L’empereur Joseph II approuva, dès le 5 juin, l’élection du prince de Wangen; Clément XIV le préconisa le 13 novembre 1775. Le sacre du nouvel évêque de Bàle eut lieu à Bellelay, avec une grande solennité, le 3 mars 1776. Le suffragant Gobel fut le prélat consécrateur, les Abbés de Bellelay et de Lucelle assistaient le prince.

Le retour à Porrentruy fut l’occasion de nouvelles fêtes. On ne se lassait pas d’acclamer le beau prince, comme l’appelait le peuple ravi de l’heureuse physionomie et de l’air avenant de Frédéric de Wangen.

Profitant des heureuses dispositions de ses sujets, le nouveau prince fit une tournée dans ses États pour recevoir lui-même le serment de fidélité de son peuple. Ce voyage fut un véritable triomphe: Bienne, Neuveville, Courtelary, qui n’avaient pas vu depuis longtemps leur souverain, firent une réception enthousiaste à l’évêque de Bâle. Le récit de ces fêtes a trouvé trois narrateurs contemporains et fidèles: le maire de Courtelary, M. D. L. Béguelin, major du département , fit une relation de la tournée de Son Altesse Frédéric de Wangen, qui n’a pas moins de 96 pages et qui fut approuvée par les maires du pays d’Erguel, le 12 mai 1777.

M. D. Gagnebin, major du département en Erguel à Renan, fit aussi une relation succincte de 36pages, in-12, imprimée à Neuchâtel (1776) et dédiée au prince de Wangen; enfin, M. Georges-Auguste Liomin, proposant à Péri, fit à son tour une brochure qui comprend avec le récit du voyage de Son Altesse, la succession chronologique des évêques de Bâle (50 pages in-12, imprimerie de Neuchâtel, 1777).

VOYAGE TRIOMPHAL DU PRINCE

Nous empruntons à ces trois sources autorisées le récit de cette magnifique tournée du prince de Wangen.

„Le prince partit de sa résidence de Porrentruy le dimanche 22 septembre 1776, à neuf heures du matin, au bruit du canon du château, la bourgeoisie et la garnison de la ville étant sous les armes. La suite de Son Altesse était brillante et nombreuse: elle était composée de 45 maîtres, les gentilshommes attachés au service du prince étant tous en uniforme de cour, de treize officiers de la maison de Son Altesse, de cent domestiques dont cinquante en livrée du prince. Neuf superbes carrosses attelés à six chevaux, tous d’une rare beauté, trois carrosses à quatre chevaux, une grande voiture à huit places traînée par six chevaux, quelques chaises à deux chevaux pour les officiers et domestiques de la cour; un grand caisson pour les équipages, non compté les chariots qui avaient pris les devants, les uns chargés de la vaisselle chargent, les autres employés au transport de meubles précieux, escortés par des archers à cheval. Le nombre des chevaux, compris ceux de selle et de main, montait au delà de cent cinquante.

„Au pied de la montagne de Glovelier, le prince montant à cheval, suivi de plusieurs gentilshommes, devança le gros de son cortège et arriva à Bellelay, où il fut reçu avec le respect et la joie la plus vive, au son des cloches, au bruit des boîtes et aux acclamations d’un peuple innombrable, accouru de tous côtés pour voir son souverain. M. le prélat traita splendidement le prince et sa suite qui passa la nuit dans cette vaste et belle abbaye.

„Le départ de Bellelay eut heu le lendemain, lundi 23, à 9 heures du matin. A quelques mille pas du monastère, sur les frontières de la prévôté de Moutier- Grandval, se trouva un gros bataillon des habitants de ce vallon, tous de beaux hommes, en habits uniformes, bien armés, qui parada à la satisfaction de Son Altesse et de sa cour. Les révérends pasteurs des églises du pays s’étant présentés, l’un d’entre eux, au nom de tous, porta la parole, en adressant un discours au souverain. Son Altesse y répondit avec cette bonté et ces grâces qui sont inséparables de toutes ses actions.

„ Suivi de cette escorte, le prince parvint à Pierre-Pertuis où le grand-bailli d’Erguel et les députés des paroisses firent au souverain les compliments que le devoir et le cœur des habitants leur dictaient. A une petite distance de la hauteur de Frinvillier où commence la mairie de Bienne, M. Wildermet, maire de cette ville, et M. Heilmann, receveur du prince à Bienne et dans l’Erguel, firent la révérence à leur maître. Le prince monta à cheval au village de Boujean. Il entra à Bienne entre quatre et cinq heures du soir. Les rues étaient bordées de soldats présentant les armes; les croisées des maisons remplies de bourgeois et d’étrangers de toute condition, de tout âge et de tout sexe. Parmi les applaudissements et les acclamations universelles, Son Altesse vint mettre pied à terre dans son propre hôtel de Bienne, occupé par M. Heilmann receveur.

„ Après un instant de repos, le souverain se montra à sa fenêtre, pour recevoir de nouveau le salut de tout le militaire, qui défila sous ses yeux. Le prince reçut ensuite gracieusement la visite d’un grand nombre de cavaliers et de dames de la ville, et de personnes de distinction de l’étranger qu’on lui présenta. Le corps de magistrature vint complimenter son souverain et lui offrir le vin d’honneur, avec une certaine quantité d’avoine, selon l’ancienne coutume. Le clergé de la ville parut aussi, et harangua par l’organe de M. Eldin son premier pasteur. Un

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