CHAPITRE XXXVII
moment après, on présenta au prince M. le major Fischer, bailli du comté de Nidau dans le canton de Berne, accompagné de plusieurs membres du sénat de la république, et d’un grand nombre de seigneurs de la première qualité de cette capitale. M. le bailli Fischer harangua Son Altesse avec beaucoup d’éloquence. Le souverain lui répondit, comme à toutes les autres harangues qu’on lui a faites, avec ces tournures nobles toujours nouvelles, cette dignité, cette aisance et cette franchise qui lui sont naturelles et accepta le présent d’étiquette.
„Le prince, qui se plaît à se communiquer, eut l’attention pour tous ceux qui lui avaient été présentés, de les faire inviter au festin qu’il donnait au magistrat de Bienne et aux principaux officiers militaires sur l’hôtel-de-ville, à huit heures du soir, servi dans sa riche vaisselle d’argent, sur deux tables de cent et vingt couverts, avec une délicatesse et une profusion qui répondait à la magnificence du maître. Ce repas fait en public finit à la retraite de la cour, après minuit. Cependant le reste des officiers mangea dans les principales auberges ou chez ses hôtes. Tout s’est d’ailleurs passé, parmi les troupes el les bourgeois, avec une parfaite tranquillité, sans le moindre désordre.
„Le mardi 24, la cour et le magistrat s’assemblèrent à l'hôtel de Son Altesse pour l’accompagner à l’église, où l’on devait lui prêter hommage. L’on s’y rendit dans l’ordre suivant :
„1° La livrée de la ville de Bienne, 2° celle du prince, 3° les officiers de sa maison, 4° les gentilshommes du prince, 5° le capitaine de la garde suisse, 6° le souverain, deux pages portant la queue de son habillement, qui était celui que les princes d’empire ont coutume de porter dans les cérémonies publiques, étant environné de la compagnie de sa garde, 7° les deux seigneurs hauts -députés du grand Chapitre de Bàle en habit de chœur violet et pourpre, 8° des grands chanoines, des seigneurs étrangers et les ministres de Son Altesse, 9° le magistrat de Bienne avec sa suite, 10° un grand nombre de laquais sans la livrée du prince.
„ Depuis l’hôtel de Son Altesse jusqu’à l’église, les rues étaient bordées de chaque côté d’une double haie de soldats, les drapeaux et les étendards déployés, les tambours battant aux champs, la symphonie guerrière retentissant, avec une belle musique. Son Altesse arrivée au temple, alla se placer sur son trône, qui à l’instant fut entouré de sa cour. Tout le monde étant rangé, l’orateur du prince, M. le conseiller aulique de Bilieux, harangua l’assemblée en deux langues, avec beaucoup de force et de sagesse, sur les devoirs envers son légitime souverain; il lut ensuite les formules usitées de serment en allemand et en français; d’abord celle pour la générale bourgeoisie et les dépendances de la ville. Celle-ci ayant solennisé l’hommage, on passa aux habitants de l’Erguel et enfin à ceux de la seigneurie d’Orvin. Tous marquèrent le plus vif empressement à jurer une fidélité inviolable et finirent par répéter cent fois: Vive notre auguste souverain!
„ Cette respectable cérémonie achevée, le retour du prince à son hôtel se fit dans le même ordre que l’on en était venu. Une heure après, Son Altesse se transporta dans une plaine hors de ville, avec une suite toujours plus nombreuse et plus brillante, où elle considéra assez longtemps plusieurs belles évolutions et salves que firent en sa présence les bataillons de milice de Bienne, de l’Erguel et d’Orvin, et les exercices à feu du corps d’artillerie, où les batteries de canon étaient servies avec une promptitude étonnante. L’on fit rentrer ces troupes en ville vers le soir. Etant rangées en ordre de bataille devant 1 ’ hôtel- de- vi lie , elles prêtèrent