‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 401 sur 612 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

par les avocats de Porrentruy. Mais le grand hiver de 1788 — 1789, la disette des grains, et l’agitation qui commençait à se manifester en France et dans une partie du diocèse de Bâle, furent comme les funestes avant-coureurs de la révolution qui allait emporter le prince et toute sa cour.

Jusqu’au 34 novembre, le temps avait été sec et beau. Ce jour-là, les gelées commençèrent et furent bientôt suivies d’un froid tel que, de mémoire d’homme, on n'en avait ressenti un pareil. Le docteur Godin, médecin du prince, qui a relaté exactement les variations de la température pendant ce mémorable hiver, nous dit: „Ce froid excessif, ayant surpris tout à coup les habitants de la principauté, avant que la plupart eussent été pourvus de bois d’affouage, a occasionné par là même de plus grands maux. La neige empêchait l’approche des forêts et les arbres ayant été comme pétrifiés par le froid excessif, la cognée se refusait à les pénétrer pour les abattre. — Plusieurs habitants de l'évéché moururent de froid dans leurs maisons et dans leurs lits, quelques-uns sur les grand’routes. 1 La neige était si abondante que les bêtes sauvages périssaient de froid et de faim. On a trouvé des cerfs, des biches, des chevreuils, gelés debout sur leurs pieds ; plusieurs se réfugiaient dans les villages. Les lièvres, perdrix et autres oiseaux se laissaient prendre à la main, mais ils étaient si desséchés, faute de nourriture et du froid, qu’ils faisaient un très pauvre manger. — Toutes les provisions gelèrent dans les caves. Tous les arbres en quenouille ou à haut vent périrent de froid. Dès le 8 décembre, tous les moulins furent obligés de chômer, les rivières étaient prises, et jusqu’au 7 février 1789, les meuniers furent obligés d’aller jusque sur le Doubs pour faire moudre leur grain, et comme ces mêmes moulins étaient souvent gelés, il fallait continuellement des ouvriers pour casser les glaces ou faire du feu sous les roues; et malgré tous ces moyens, il fallait huit à dix jours pour en moudre une voiture.

„Le thermomètre descendit jusqu’à 34, 38, 33 degrés de froid. Pendant les hivers si rigoureux de 1740, 1 745 et de 1785, il n’avait pas dépassé 34 degrés. Le dégel, qui commença le 1er février et dura huit jours, causa dans tout le pays et dans une grande partie de la Suisse des ravages épouvantables."

La misère fut la suite de ces froids extraordinaires. Aussi le grain se vendit jusqu’à trois livres bàloises le pénal. Le magistrat de Porrentruy, „vu le temps de calamité où l’on est", fit défense d’aller dans les cabarets de la ville à peine de prison. Ordre fut donné au meunier de ne moudre que d’un trait (7 janvier 1789).

A ces appréhensions causées par les rigueurs de la saison vinrent se joindre les inquiétudes de la révolution qui agitait la France. Déjà on voyait des nobles émigrer et passer à l’étranger. Le 35 juillet 1789, le neveu du vénérable archevêque de Paris, M. de Beaumont, abbé commandataire de l’abbaye des Trois-Rois près Lille, arriva à Porrentruy avec plusieurs nobles de Franche-Comté que la prise de la Bastille avait effrayés.

Le lendemain, l’Abbé de Pairis en Alsace, venait demander au prince de Roggenbach la bénédiction abbatiale. La cérémonie eut lieu dans l’église du collège le 36 juillet 1789. Les Abbés de Bellelay et de Munster assistaient l’évêque de Bâle. Ce fut la dernière des grandes fonctions pontificales qui eurent

1 „ Aux environs de Porrentruy et de la Franche-Montagne, plusieurs personnes sont mortes de froid en allant à la messe de minuit." (Mémoires de M. Kuhn.)

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