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COMMENCEMENTS DE LA REVOLUTION

lieu dans ce sanctuaire. D’autres fêtes, d’autres cérémonies, un autre culte, allaient remplacer les solennités qui, deux siècles durant, s’étalent déployées dans l’église des jésuites.

Le 1er août 1789, on vit avec étonnement la mère du prince de Lambesc, escortée de dix dragons, passer par Porrentruy et aller chercher un refuge en Savoie. Déjà plusieurs châteaux du voisinage avaient été la proie des flammes. Les révolutionnaires avaient saccagé Hirtzbach et Garspach (30 juillet 1789). Le château du comte de Montjoie d’Hirsingue et celui de M. de Landenberg à Seppois avaient été démolis (31 juillet 1789.) De plus, les paysans d’Alsace et de Franche-Comté chassaient librement sur les terres de l’évêque de Bâle. Effrayé, le prince fit venir de la vallée de Delémont soixante-quatre hommes pour renforcer sa garde. Les bourgeois de Porrentruy s’irritèrent de la méfiance de leur souverain et force lui fut de congédier bien vite la nouvelle garnison (30 août). 1 La révolution était aux portes de l’évêché de Bâle et quelques mois à peine séparaient le prince de Roggenbach de l’exil.

Les États-généraux de France étaient réunis à Paris. Le 26 septembre 1789, un député de l’Assemblée nationale de Paris avait proposé de demander au clergé le sacrifice de l’argenterie des églises. Le clergé, par l’organe de l’archevêque de Paris, déclara qu’il cédait tout ce qui n’était pas nécessaire à la bienséance du culte. L’évêque de Bâle approuva cet acte public de dévouement à la patrie. Sous la date du 16 octobre 1789, il adressa à ses diocésains d’Alsace, une circulaire dans laquelle, après avoir rappelé le noble exemple du roi, de la reine, des princes et des ministres, il ajoutait ces paroles : „Une émulation si touchante ne peut manquer d’exciter particulièrement le zèle des ministres des autels. Ils se souviendront, que, dans les grandes nécessités de l'État, les églises de France ont plus d’une fois consacré au soulagement des peuples les saintes dépouilles des autels, qui n’étaient point nécessaires à la décence du culte divin." 2 — La vente des biens du clergé fut le premier pas de la Révolution dans la persécution de l’église; la suppression des ordres religieux fut le deuxième. Le 28 octobre 1789, l’Assemblée décréta que l’émission des vœux serait suspendue dans tous les monastères de l’un et de l’autre sexe, et que cette interdiction serait signifiée à tous les tribunaux et à tous les monastères. Le 5 février 1790, l’Assemblée, n’osant encore porter le grand coup, déclara qu’on ne laisserait subsister qu’un seul couvent de chaque ordre dans les villes qui en possédaient plusieurs, et que les autres seraient mis en vente immédiatement. Dès le 15 février, l’Assemblée décréta que la loi constitutionnelle ne reconnaissait plus de vœux monastiques; que les ordres et les

Journal du P. Voisard. = 2 Winterer, la Persécution religieuse en Alsace de 1789 à 1801, p. 6.

congrégations étaient absolument supprimés ; que les religieux et les religieuses étaient libres de quitter leurs couvents, en faisant leur déclaration à la municipalité ; que les religieux qui voulaient continuer à vivre en communauté pouvaient se retirer dans les maisons qu’on leur indiquerait. Les religieuses devaient avoir le droit de finir leurs jours dans les maisons qu’elles occupaient. Provisoirement, rien n’était changé à l’égard des maisons d’éducation et de charité.

La fermeture des couvents rencontra, comme la vente des biens du clergé, une opposition presque générale et des difficultés sans nombre. Cette opposition et ces difficultés furent particulièrement grandes en Alsace. A Colmar, quand on demanda aux religieux s’ils voulaient accepter des paroisses, mais en prêtant le serment constitutionnel, le refus fut presque unanime. „Des commissaires, ayant le maire M. de Salomon à leur tête, parcoururent les différents couvents de la ville, passant de cellule en cellule, interpellant chaque religieux individuellement. Les capucins, au nombre de quatorze, déclarèrent tous qu’ils étaient prêts à remplir toutes fonctions du ministère, mais à condition que l’évêque fût reconnu par le Saint-Siège. Même unanimité de la part des augustins, de l'Abbé et des chanoines de Marbach, qui s’étaient retirés à Colmar. Sur les dix dominicains, quatre acceptèrent purement et simplement; trois évitèrent de s’expliquer, un quatrième déclara vouloir attendre des moments plus calmes ; deux enfin refusèrent, comme aumôniers des dames de Sainte-Catherine et des Unterlinden. “ L’exemple que nous venons de citer, ajoutons-nous avec Véron-Réville, se reproduisit à peu près sur tous les points du département. Les prévaricateurs étaient presque toujours ceux qui s’étaient rendus coupables des abus que la Révolution reprocha aux couvents. La Révolution, par la plus odieuse inconséquence, dénonça les abus et acclama les hommes coupables de ces abus. Tous les dominicains de Guebwiller, profès et frères lais, au nombre de quinze, déclarèrent vouloir vivre en communauté.

Il serait trop long de retracer tous les titres de nos couvents à la reconnaissance de la postérité. Nous nous contentons de résumer le remarquable mémoire que l’abbaye de Lucelle adressa à l’Assemblée nationale, pour implorer sa clémence et son équité. 1 — „ L’abbaye, dit ce mémoire, a plus de six siècles d’existence. Elle a abrité des hommes illustres et des saints. Elle a été la maison-mère de soixantedouze monastères. Lucelle a donné des conseillers aux princes, des chanceliers aux empereurs, des serviteurs dévoués aux papes pour les affaires importantes de l’Église. Les religieux de Lucelle prient pour le roi. pour la patrie, pour le repos de l’âme des défunts. Ils ont défriché à la sueur de leur front les biens qu'on veut leur enlever. On n’a jamais pu leur reprocher de mener une vie oisive : ils ont toujours donné à l’étude le temps qui n’était pas pris par la prière et par le travail manuel. De leur plume sortirent des productions dans tous les genres de littérature; malheureusement ces productions sont devenues en grande partie la proie des flammes qui, en 1525, lors de la guerre des paysans, consumèrent l’abbaye. Lucelle a conservé son activité; plusieurs de ses religieux desservent des paroisses et annoncent la parole de Dieu ; d’autres vont dans toute la contrée porter aux malades les consolations de la religion. Supprimez l’abbaye de Lucelle, vous ôterez le pain à plusieurs centaines de pauvres invalides, qui vivent tous les

Ce mémoire est dû à la plume du R. P. Marcel Moreau, de Delémont ; nous en possédons l’original.

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