CHAPITRE XXXVIII
la tour la vieille cloche du couvent : les religieuses se trouvaient présentes et elles pleuraient amèrement, au témoignage du pasteur Billing. Les sœurs de charité durent quitter l’hôpital le 16 juin. Le 6 août, le département donna aux religieuses des Unterlinden et de Sainte-Catherine un délai de trois semaines pour sortir de leurs maisons; les religieuses qui voulaient continuer à vivre en communauté devaient se rendre au couvent de Schœnensteinbach. Ce fut le 27 août que les religieuses des Unterlinden abandonnèrent définitivement leur pieux asile. Colmar, Soultz, Kaysersberg, Thann, tout le val d’Orbey et bien d’autres localités protestèrent contre le départ des religieux et contre la suppression des couvents. Les Cordeliers de Sainte-Marie-aux-Mines s’étaient voués de tout temps à l’instruction de la jeunesse. La génération de cette époque, qu'ils avaient élevée tout entière, réclama instamment leur maintien, sans pouvoir l’obtenir. Un instant, Ribeauvillé parut devoir être plus heureux. Toute la commune, sans en excepter les protestants, pétitionna en masse, pour qu’on lui laissât les pères augustins, qui devaient être transférés à Pairis.
La Constitution civile du clergé fut votée par l’Assemblée nationale le 12 juillet 1789. Par l’article 4 du titre 1er, elle atteignait d’une manière spéciale la Haute- Alsace et la partie de la Basse- Alsace qui dépendait de l’évêché de Spire. L’article 4 défendait, en effet, a toute église ou paroisse en France et à tout citoyen français de reconaître en aucun cas , et sous quelque prétexte que ce soit, l’autorité d’un évêque ordinaire ou métropolitain dont le siège serait établi sous la domination d’une puissance étrangère, ou celle de ses délégués résidant en France. La Haute- Alsace était placée, pour ainsi dire depuis sa conversion définitive au christianisme, sous la juridiction spirituelle de l'évêque de Bâle. Cette situation s’était maintenue à travers tous les changements et à travers toutes les révolutions politiques que ce pays avait dû subir durant de longs siècles. Lors de la réunion de l'Alsace à la France, celle-ci a respecté ce que les siècles avaient fait, et les traités qui ont sanctionné la réunion, ont garanti, non seulement les droits spirituels, mais encore les droits temporels des évêques de Bàle. L’Assemblée nationale prétendait effacer d’un trait de plume tous ces droits, et détruire en même temps une juridiction spirituelle que les évêques de Bàle tenaient uniquement de Dieu et de l’Église. C’était à la fois tyrannique et de nul effet. Nonobstant la défense de le reconnaître sous quelque prétexte que ce fût, l’évêque de Bàle était et restait devant Dieu, devant l’Église, et par conséquent aussi devant la conscience de tout catholique, le seul évêque légitime de la Haute- Alsace.
Dans les longs débats, qui précédèrent l’adoption de la constitution civile, Cobel, qui administrait au nom de l’évêque de Bàle la partie française du diocèse, et qui devait si tristement finir, combattit lui-même les dispositions schismatiques de la Constitution. A propos de l'article 4 du titre 1er, il’avait dit: „L’article4 est d’une exécution très embarrassante. Il porte qu’aucun citoyen, pour quelque cause que ce soit, ne pourra recourir à un évêque ou à un métropolitain, dont le siège serait établi sous la domination d’une puissance étrangère. Songez que les parties du royaume qui se trouvent d’un diocèse étranger, ne peuvent être dans un chômage de juridiction spirituelle."
Dans la séance du 31 mai 1790, au soir, G obéi prononça les paroles suivantes :
„ Suivant la définition de l’Église universelle, assemblée au concile de Trente, les pouvoirs de remettre les péchés ne suffisent pas, il faut encore une juridiction
DEFECTION DE GOBEE
particulière sur les personnes à absoudre. Comment allier ces principes avec la division du royaume en quatre-vingt-trois diocèses? Par exemple, Lille est dans la dépendance du diocèse de Tournai. En opérant le démembrement, vous avez fait une chose utile . . . Mais l’intérêt spirituel dépend du pouvoir des évêques et des prêtres par eux délégués; d’après le concile de Trente, il n'y a que l’évêque de Tournai et les prêtres délégués par lui qui puissent absoudre dans l’étendue de
Portrait de J. B. J. Gobel, évêque de Lydda.
son diocèse. Or, je demande : d’après ces principes, qui aura le droit de dépouiller l’évêque de Tournai de ce pouvoir ? Il s’agirait donc, après cette opération, de donner des pouvoirs nouveaux aux évêques: croyez-vous être compétents pour cet objet? Un nouvel évêque pourra-t-il exister au risque de priver des effets des sacrements des fidèles qui dépendent spirituellement d’un autre diocèse? Permettez que naïvement et suivant ma conscience, je vous dise que vous ne pouvez rien sur tout ce qui n’est que spirituel. Il faut chercher un moyen conciliateur; vous vous exposez à donner des anxiétés aux consciences . . . “ Le discours de Gobel renferme une condamnation formelle de la Constitution civile. Le 30 octobre 1790,