CHAPITRE XXXVIII
trente évêques signèrent un écrit devenu célèbre sous le titre d’ Exposition des principes sur la Constitution civile du clergé. Les vrais principes y étaient défendus sans plaintes, sans amertume, avec autant de modération que de solidité. Presque tous les autres évêques de France s’empressèrent d’y adhérer. L’évêque de Bâle se joignit aux évêques français; et, dans une lettre circulaire du 19 décembre 1790, il déclara adopter les doctrines de Y Exposition des principes sur la juridiction propre et essentielle de l’Église, sur la division des diocèses et des métropoles, sur la délégation des évêques et sur les ordres religieux. Prévoyant ce qui allait arriver, l’évêque voulut pourvoir d’avance aux besoins spirituels de ses diocésains. „Nous continuons, dit-il, en s’adressant au clergé de la Haute- Alsace, dès à présent pour le temps où nous serions empêché dans l’exercice de notre juridiction dans la partie d’Alsace de notre diocèse, les approbations et juridictions relatives au tribunal de la Pénitence, et tous autres pouvoirs dans l’ordre spirituel, que chacun de vous aurait actuellement reçus de notre part, jusqu’à ce qu’il en ait par nous été ordonné autrement."
L’Assemblée nationale avait décrété le schisme le 1 2 juillet 1790; elle décréta la persécution le 27 novembre.
L’article P1' de ce nouveau décret ordonnait aux évêques et aux curés conservés, aux grands-vicaires, aux supérieurs et directeurs des séminaires, aux vicaires des curés, aux professeurs des collèges, de prêter dans le délai de huitaine le serment exigé par les articles 21 et 38 de la Constitution civile: de jurer en conséquence d’être fidèles à la nation, à la loi et au roi, de maintenir de tout leur pouvoir la Constitution décrétée par Y Assemblée nationale ; faute de quoi ils seraient déclarés déchus de leurs fonctions et remplacés suivant le mode prescrit par la Constitution civile. Le clergé se trouvait ainsi placé entre l’apostasie et la privation de ses églises, de ses presbytères et des ressources qui lui restaient encore. On sait les nobles réponses qui se firent entendre à la tribune même de l’Assemblée nationale. Malheureusement, le suffragant de l’évêque de Bâle, l’alsacien C-tobel, évêque de Lydda in partibus, chargé de l’administration spirituelle de la Haute-Alsace, fut du nombre de ceux qui fléchirent. Il avait combattu la Constitution civile, et il avait fait la déclaration suivante à la tribune de l’Assemblée : „ Permettez que, naïvement et suivant ma conscience, je vous dise que vous ne pouvez rien sur tout ce qui n’est que spirituel." Le 2 janvier 1791, il vint tenir à la même tribune un tout autre langage : „Une altération de santé qui m’a retenu dans ma chambre, m’a empêché de venir plus tôt m’acquitter d’un devoir que je m’empresse de remplir. Persuadé que l’Assemblée nationale ne veut pas nous obliger (!), par ses décrets, à faire quelque chose de contraire à la juridiction spirituelle, en ce qui concerne le salut des fidèles, je demande à prêter le serment que l’Assemblée a ordonné par son décret du 27 novembre." Après cette déclaration hypocrite, Cfobel prononça la formule de son serment, suivant le Moniteur , au milieu des applaudissements réitérés de l’Assemblée. L’infortuné évêque de Lydda avait franchi la dernière barrière; rien ne l’arrêtera plus désormais, il ira de chute en chute, de trahison en trahison, jusqu’à l’apostasie publique et absolue.
Malgré ce déplorable exemple, la très grande majorité du clergé de la Haute- Alsace demeura fidèle ; et nous verrons à quelles dures épreuves cette fidélité fut mise. „Dans le district de Colmar, quatre-vingt-treize curés ou vicaires refusèrent le serment; trente le prêtèrent purement et simplement; dans ce nombre, il y en