NOBLE ATTITUDE DU CLERGE
eut plusieurs qui se rétractèrent plus tard. La proportion fut à peu près la même dans les autres districts. Le clergé de Ribeauvillé, dans une adresse empreinte des sentiments les plus nobles et les plus patriotiques, déclara hautement que son intention était de rester fidèle à la nation, à la loi, au roi, de maintenir de tout son pouvoir la constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le roi, mais qu’il entendait se soumettre, avant tout, à la voix de l’Église, avec une docilité filiale." 1 Le curé de Colmar, le chanoine Reech, invité par le maire et les officiers municipaux à prêter le serment, leur adressa, à la date du 1 1 février 1791, une lettre, que nous croyons devoir transcrire presque tout entière.
„Un serment commandé me rendrait-il plus précieux des devoirs qu’il ne m’a pas appris ? Il ne ferait que me rendre coupable ; puisque, pour y satisfaire, il faudrait jurer de maintenir de tout mon pouvoir ce que mon évêque, les évêques de tout le royaume, le souverain pontife lui-même déclarent unanimement opposé aux décrets des conciles, aux lois, à la doctrine de l’Église . . .
„Si ma résolution de refuser la prestation du serment est un crime; si, permise à toutes les sectes, la liberté dans les opinions religieuses est aujourd’hui punissable dans un catholique, dans un prêtre chargé d’instruire, dans un curé ; oubliez, Messieurs, et vos anciens sentiments pour moi, et les fonctions pénibles que j’ai exercées parmi vous, votre équité et mes services ; déployez contre moi toute votre autorité, accablez-moi de votre pouvoir, arrachez-moi à mon troupeau, repoussezmoi loin de ma patrie, loin de ce qui m’est si justement cher; comme Josué, j’ai fait mon choix, le Seigneur sera mon Dieu à jamais . . .
„ Éclairé par la lumière que nous a communiquée son Verbe fait chair, toujours je reconnaîtrai ce que Dieu a révélé, ce que renferme sa parole écrite, mais interprétée par l’Église. Toujours je reconnaîtrai dans le Pape, successeur légitime de saint Pierre, une primauté de droit divin, non seulement d’honneur, mais encore de juridiction. Toujours je reconnaîtrai dans la personne des évêques des pasteurs d’un ordre supérieur à celui des prêtres, avec droit de gouverner leurs ouailles indépendamment des ministres inférieurs. Je reconnais encore dans Mgr l’évêque de Bâle le véritable évêque de ce diocèse, le légitime successeur des apôtres, établi par l’Église et qui ne peut être destitué que par elle-même. Tenant de lui l’autorité spirituelle dont je jouis dans cette paroisse, je ne puis en être dépossédé que par la mort, par une démission volontaire et acceptée ou par un jugement canonique. Tout prêtre, qui présumerait d’usurper nos fonctions dans tout autre cas, ne serait qu’un intrus dont les actes de juridiction seraient illicites et nuis."
La situation difficile du diocèse de Bâle fut l’objet d’un bref du pape Pie VI, adressé le 11 décembre 1790 à l’évêque de Roggenbach qui avail consulté le Saint-Siège relativement à certains bruits mis en circulation, d’après lesquels le Saint-Siège aurait consenti à l’érection d’un évêché dans le Haut-Rhin. La réponse de Rmne fut pleine de fermeté. „Si quelque évêque, sans notre consentement et sans l’autorité du Siège apostolique, par conséquent illégitimement institué suivant la nouvelle forme, était envoyé ou plutôt intrus dans cette partie de l’Alsace qui est désignée, vous pouvez, vénérable Frère, concevoir aisément que l’érection de ce nouveau siège épiscopal ne pourrait vous enlever la juridiction que vous exercez dans la Haute- Alsace ; et que le nouvel évêque ne pourrait ni
Véron Réville. Histoire de la Révolution française dans le Haut-Rhin, p. 55.