‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 408 sur 612 · GOBEL ÉLU ÉVÊQUE CONSTITUTIONNEL · texte numérisé non relu

GOBEL ÉLU ÉVÊQUE CONSTITUTIONNEL

Bâle, obtint quatorze voix de plus que ta moitié des suffrages exprimés ; soixantedix voix furent données à l’évêque de Bâle, et à peu près autant à un chanoine de Belfort. Saurel fut honoré d’une voix; le curé de Balgau, de deux voix; et Arhogaste Martin, de trois voix. L’abbé Deyber, chapelain de Bernwiller, prêtre jureur et membre du département, était président de l’élection : il reçut aussi une voix.

L’élu de Colmar, Gobel, fut aussi nommé quelques jours après à Paris et dans la Haute-Marne. Comme il opta pour Paris, une seconde élection devint nécessaire dans le Haut-Rhin. Elle eut lieu le 27 et le 28 mars. Les commissaires du roi y assistèrent. Il y eut plus d’abstentions que la première fois parmi les électeurs catholiques; mais en revanche les électeurs protestants furent plus empressés. Arhogaste Martin, sous-principal du collège et le premier prêtre jureur de Colmar, obtint quelques voix de plus que la moitié des suffrages exprimés; cinquante-neuf voix se portèrent sur l’évêque de Bâle ; Saurel en resta à une seule voix; le curé de Balgau arriva à trois voix. L’élection se termina le 29 mars. Les commissaires du roi et la municipalité, accompagnés d’un escadron de dragons, se rendirent au collège pour faire part de son élection au sous-principal, et pour l’escorter ensuite â l’église, où l’on chanta un Te Deum.

L'influence de Gobel, très grande dans tout l’évêché de Bâle, était dominante dans la Haute-Alsace. Il aimait les lettres et sut bien mériter du collège de Porrentruy. Ses connaissances étaient nombreuses. On estimait son talent d’administrateur. 1 Son extérieur était imposant, et le peuple arrivait de loin poulie voir officier. Trois choses perdirent Gobel, son ambition, sa prodigalité et ses dettes. Les dettes de Gobel étaient considérables, et rien ne les justifiait. Il jouissait d’une pension de onze mille livres, 2 prélevées sur l’archevêché de Paris, et d’une prébende libre au chapitre de Moutier-Grandval ; il avait au château des évêques de Bâle la table et le logement pour lui et ses gens. Ses appartements étaient luxueux; il était amateur passionné de beaux livres et de tableaux de prix. Il possédait dans la banlieue du village de Mortzviller, dans la Haute- Alsace, un moulin, aujourd’hui transformé en fabrique. Il entoura le moulin d’un parc magnifique, qu’il orna dans le goût de l’époque ; les naïades, avec leur cortège mythologique peu décent, ne faisaient pas défaut.

Au moment de partir pour les États-généraux, comme député du clergé poulies districts de Belfort et de Huningue réunis, Gobel avait deux cent mille livres de dettes. 11 demanda inutilement de l’argent à la chambre ecclésiastique de la Haute-Alsace. Un parent lui donna soixante louis. A Paris, Gobel fut loin de réduire ses dépenses. L’abîme était ouvert sous les pieds de cet homme. Dès l’année 1790, l’auteur anonyme qui publia la Correspondance du R. évêque de Lydda avec ses commettants, déclara que, poussé par la cupidité, Gobel renierait son état, sa religion et son Dieu. Comme la Haute- Alsace sollicitait depuis longtemps un évêché, Gobel se considérait comme le candidat né pour le futur siège épiscopal. Il n’épargna aucune intrigue pour arriver à son but, longtemps avant la convocation des États-généraux. Après avoir flatté le pouvoir royal, il flatta

1 Gobel fut chargé par l’évêque de Bâle de plusieurs missions importantes. Il signa un traité d’alliance entre le prince-évêque de Bâle et le roi de France, et un traité d’échange d’une partie de leurs diocèses

entre le prince-évêque de Bâle et l’archevêque de Besançon. = 2 L’abbé Vautrey, Histoire du Collège de Porrentruy, p. 200. — Selon la ,, Correspondance de l’évêque de Lydda, “ cette pension n’aurait été que de 8000 livres.

la Révolution ; et celle-ci, découvrant en lui un instrument d’une docilité à toute épreuve, l’éleva rapidement. En moins de quinze jours, il fut élu évêque du Haut- Rhin, de la Haute-Marne et de Paris. L’ambition de Gobel fut à la hauteur de la situation ; elle le fit opter pour Paris. Quelles transactions il dut faire subir à sa conscience! Car, il déclara lui-même, avant de mourir, que, au milieu de toutes ses défaillances et de ses trahisons, il avait toujours conservé la foi. 1

Gobel, élu évêque constitutionnel de Paris, écrivit au prince de Roggenbach, évêque de Râle, pour se démettre de ses fonctions de suffragant et de vicaire général. Il déclare dans sa lettre qu’il est pénétré des plus vifs regrets par la nécessité qui lui est imposée de cesser un service qui l’attachait, depuis trente-six ans, au siège épiscopal de Bâle ; il demande pardon de ses fautes et de ses négligences ; il promet de rester toujours profondément attaché à son Église-mère et à la personne de son ancien évêque. Il prie ensuite celui-ci de le bénir et . . . de lui conserver jusqu’au mois de juillet son ancien appartement au château épiscopal !...

La réponse du prince de Roggenbach rappelle quelque peu la parole du jardin des oliviers: „Amice, ad quid venisti? Votre élévation à un siège aussi important que celui de la capitale du royaume de France, me fera un véritable plaisir, lorsque vous m’annoncerez que le Saint-Siège, auquel je vous ai toujours vu religieusement attaché, aura confirmé votre élection; que, conformément aux usages constants de l’Église universelle, vous en aurez reçu l’institution canonique, et que vous aurez été admis à sa communion, comme au centre d’unité de toutes les églises catholiques. Réunis pour lors dans la même croyance, dans les mêmes principes de doctrine, dont vous et moi, ainsi que tous mes prédécesseurs, avons toujours professé l’enseignement dans l’Église de Basle, que vous appelez à juste titre votre mère, nous éprouverons l’un et l’autre la plus douce, la plus consolante satisfaction. Les sentiments si affectueux, dont votre lettre est remplie à mon égard, me deviendront alors plus sensibles et ajouteront à ma reconnaissance ..."

Les protestations de dévouement n’empêchèrent pas Gobel de fomenter par son digne neveu, le trop fameux Rengguer, le désordre et l’insurrection dans les états de son ancien protecteur. Au mois de juillet 1791, il dénonça l’évêque de Bâle à l’Assemblée nationale; il alla même jusqu’à l’accuser de troubler par des écrits insidieux le repos des habitants du Haut-Rhin, et d’offrir un asile aux prêtres non assermentés. Gobel accepta enfin, au mois de novembre 1793, la mission de commissaire extraordinaire en Rauracie, et vint prendre une part active au renversement du pouvoir du prince-évêque de Bâle et à l’établissement de la République rauracienne. Il entra à Porrentruy, le 3 décembre, et monta au château épiscopal, au bruit du canon, au milieu de la foule qui accourait reconnaître l’ancien évêque de Lydda. L’avocat Scbeppelin, un témoin oculaire, décrit ainsi cette entrée triomphale: „On vit Gobel parcourir les rues de la ville, escorté de la plus vile populace, la tête affublée d’une queue de renard, au son d’une musique qui faisait retentir l’air des cannibales, donnant des accolades à tous les manants, à toutes les poissardes qu’il rencontrait. On le vit, ô bassesse inconcevable! on

1 „On assure, dans les „Ephémérides“ de M. Noël, que, en 1792, Gobel se présenta chez le marquis de Spinola, ambassadeur de Gênes; il voulut que le marquis lui obtint du Pape 100.000 écus, et il promettait à ce prix de rétracter son serment; mais l’ambassadeur déclina cette étrange commission/1 (Mélanges de Mgr. Boulogne, t. I, p. LXXXIV.)

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