CHAPITRE XXXVIII
de l’installation. Le Moniteur rapporte que l’évêque prononça une homélie pleine de sentiments religieux et de principes constitutionnels, et qu’il prêta le serment au milieu des applaudissements de tous les citoyens qui remplissaient l’église.
Pendant que la Révolution applaudissait les serviles défaillances de Gobel, Pie VI, dans un bref du 13 avril, appela parjure le suffragant de Bâle, lui reprocha d’avoir osé d’une main sacrilège consacrer évêques pour les églises de Beauvais, d’Evreux et de Moulins des curés constitutionnels ; et après avoir déclaré nulles les élections de Paris, le suspendit de tout exercice de l’ordre épiscopal. Il n’entre pas dans le plan de notre travail de suivre l’ancien suffragant de Bâle dans l’exercice de ses fonctions usurpées, ni d’analyser tous ses mandements, aussi plats de style que faux dans la doctrine et sans dignité dans les sentiments. Gobel devait une dernière fois recueillir les applaudissements publics de la Révolution ; c’était lorsque, suivant la prédiction que nous avons mentionnée, il alla renier „son état, sa religion et son Dieu" devant la Convention. Citons le Moniteur , séance du 17 brumaire, an II.
„ Gobel: Je prie les représentants du peuple d’entendre ma déclaration . . . La volonté du peuple fut ma première loi, la soumission à sa volonté mon premier devoir. Cette volonté m’a élevé au siège épiscopal de Paris ; ma conscience m’a dit que, en obéissant au peuple, je ne l’ai pas trompé. J’ai profité de l’influence que me donnait ma place sur le peuple pour augmenter son amour pour la liberté et l’égalité. Mais aujourd’hui que la fin de la Révolution approche; aujourd’hui que la liberté marche à grands pas, que tous les sentiments se trouvent réunis (!) ; aujourd’hui qu'il ne doit y avoir d’autre culte national que celui de la liberté et de l’égalité, je renonce à mes fonctions de ministre du culte catholique; mes vicaires font la même déclaration ; nous déposons sur votre bureau nos lettres de prêtrise. Puisse cet exemple consolider le règne de la liberté et de l’égalité ! Vive la République! (Ces cris sont répétés unanimement par les membres de l’Assemblée et les spectateurs, au milieu des plus vifs applaudissements.)"
Ce n’était, pas assez de honte. Le Moniteur continue : „Les citoyens qui sont à la barre sont admis aux honneurs de la séance au milieu des cris de Vive la République ! Ils se confondent avec les membres de la Convention, qui les accueillent avec transport. On présente le bonnet rouge à Gobel ; il le met sur la tête. Les applaudissements recommencent et se prolongent."
L’élévation de Gobel au siège de Paris fut pour son neveu et ses partisans un vrai triomphe. Rengguer avait facilement trouvé à Porrentruy quelques mécontents qu’il avait associés à son plan de rébellion. Voulant, en toute chose, imiter la France qui, avec ses États-généraux, était arrivée à un renversement presque complet de l’ordre de choses établi jusque-là, Rengguer avait aussi fait voter par le magistrat de Porrentruy la demande d’une assemblée des États de la principauté qui n’avait pas eu lieu depuis 1752. Le 21 juillet, deux députés de chacun des quatre corps de métiers avaient été chargés d’examiner les griefs de la ville, et d’en rédiger un cahier de doléances.
Le 30 du même mois, après plusieurs séances tenues à l’hôtel-de-ville, ce travail était fait. Le 1er août les quatre corps composant la commune demandaient aussi l’Assemblée des Etats. 1 En même temps, l’abbé Lémane, que nous
1 «Rapport fait à la commune de 1a, ville de Porrentruy par son comité chargé de demander une Assemblée générale des États. “ — 11 pages in-8°.