LE PRINCE EST DENONCE A PARIS
s’il y avait lieu. Les commissaires commencèrent leur mission le 29 mars. 1 La veille, les députés suisses se voyant inutiles auprès du prince, entouré de cinq cents Autrichiens, s’étaient, retirés et avaient repris le chemin de leurs cantons.
Le tribunal inquisitorial tint séance pendant plusieurs mois. Chaque jour, les soldats autrichiens parcouraient les villages de l’Ajoie et de la prévôté de Saint- Ursanne et amenaient au château les citoyens suspects. En même temps, Porrentruy et l’Ajoie étaient désarmées. 2 L’abbé Lémane, reconnu le promoteur actif des doléances populaires, était enfermé dans une des prisons du château, (23 avril 1791). Plus heureux que lui, le curé Gopin du Noirmont put s’échapper de son cachot et regagner la Montagne, où il fut repris.
Le 23 avril, un commissaire impérial, Hermann de Greiffenegg, venait à Porrentruy prêter main forte au prince et prendre lui-même connaissance de l’état de la principauté. La tranquillité était rétablie, mais la terreur était générale et tous les regards se tournaient vers l’Assemblée nationale de France au sein de laquelle le prince-évêque de Bâle venait d’être accusé de trahison.
Le 19 avril 1791, on avait lu en pleine séance un mémoire signé par les syndic et députés des États de la principauté de Porrentmy. Les signataires provoquaient l’attention de l’Assemblée sur les rassemblements de troupes qui se trouvaient à Porrentruy. Ils rappelaient que, d’après les traités conclus, l’évêque de Bâle ne pouvait introduire de troupes étrangères dans ses États sans le consentement de la France. Ils demandaient protection pour leurs personnes menacées, exclusion immédiate des Autrichiens des gorges de Porrentruy. 3 A cette lecture, l’Assemblée s’était émue. Un député alsacien, M. Rebwel, avait fait des reproches publics au ministre des affaires étrangères, qui n’avait rien fait pour empêcher l’introduction des troupes étrangères sur le territoire de Porrentruy. „Ce pays, dit-il, est la clef de la France; l’évêque de Bâle se met ouvertement à la tête des ennemis de la Révolution française et laisse recruter l’armée contrerévolutionnaire dans ses États; il fait colporter dans l’Alsace des libelles incendiaires, des manifestes contre-révolutionnaires qui l’ont fait décréter de prise de corps par le tribunal d’Altkirch et qui ont été livrés aux flammes par les municipalités de Delle et de Belfort. Il est infiniment important que nous surveillions cet homme dangereux; . . . cependant le ministre des affaires étrangères garde le silence. ..."
Robespierre appuie les plaintes de l’orateur; il se plaint aussi des ministres qui gardent le silence et ne l’interrompent que „pour nous endormir dans une funeste sécurité, et c’est une nation étrangère, c’est un syndic de nos alliés qui nous avertit du danger que nous courons. ..." Après une vive agitation, l’Assemblée nationale décrète le renvoi de l’affaire de Porrentruy au comité diplomatique. On voit que Rengguer n’avait pas perdu courage et qu’il poursuivait énergiquement la guerre qu’il avait déclarée à l’évêque de Bâle. Le prince de Roggenbach répondit à cette dénonciation portée contre lui à l’Assemblée nationale de France, en faisant citer par devant son conseil „ Joseph- Antoine Rengguer de la Lime, ancien conseiller aulique et secrétaire du conseil intime de Son Altesse
1 Ces commissaires étaient MM. Bajol, Migy, Jobin et Nizole. = 2 Par ordonnance du 4 avril 1791. =
3 „Précis de ce qui a été dit et décrété à l’Assemblée nationale à Paris, concernant les réclamations faites par les syndic et députés des États de la principauté de Porrentruy, dans les séances des 19 avril, 22, 23 juillet 1791.“ 32 pages in-12.
Évêques de Bâle *
et syndic ad intérim des États de l’évêché de Bâle, accusé et prévenu d’être le premier auteur des troubles et séditions qui se sont fait sentir depuis environ un an
dans les dits États etc “ 1 Rengguer ne comparut pas; nous le verrons bientôt
poursuivant à l’Assemblée nationale ses dénonciations contre l’évêque de Bâle.
Déjà le 14 mars, le prince de Roggenbach avait, par une déclaration publique, prévenu ses sujets qu’il voulait réunir prochainement ses États et que pour la bonne tenue de cette assemblée il appellerait des troupes pour contenir les malavisés; le 25 avril 179,1, par un rescrit, il annonça à tous ses États que cette assemblée si impatiemment attendue et demandée aurait lieu le 16 mai à Porrentruy. Le 16 au jour dit, tous les députés, ayant à leur tête l’Abbé de Bellelay, Ambroise Monnin, président des États, montèrent au château. Le prince était sur son trône, entouré de toute sa cour. Sur quatre tabourets étaient les attributs de son autorité: la crosse, la mitre, l’épée de justice et la couronne. Au bas du trône, sur des fauteuils, étaient les chanoines de Gléresse et de Mahler. Le prince, s’étant couvert, prononça en allemand un discours qui renfermait l'expression de ses sentiments de bienveillance envers l’assemblée ; puis il fit lire par M. Schumacher, secrétaire, les propositions qu'il soumettait aux discussions des États.
L’Abbé de Bellelay répondit au prince, en protestant de l’amour, du dévouement et du respect dont les États étaient pénétrés envers sa personne sacrée. Après ces compliments échangés de part et d’autre, les députés se rendirent à l’église paroissiale où l’abbé de Bellelay célébra pontificalement la messe du Saint-Esprit. Réunie ensuite à l’hôtel- de- ville , l’assemblée, avant de prendre séance, vote des remerciements au prince et décide l’impression des discours prononcés. M. le chanoine de Mahler était commissaire du souverain et prenait place vis-à-vis du président des États. L’assemblée tint séance depuis le 16 mai jusqu’au 7 juillet. Nous n’entrerons pas dans les détails de ses travaux. On traita des impôts, des dîmes, de la chasse, etc. Chaque jour il y avait réunion des députés de 8 heures du matin à midi. L’avocat Delfils fut choisi pour remplacer R.engguer connue syndic des États. Celui-ci essaya de se justifier des accusations portées contre lui en faisant parvenir à l’assemblée un mémoire imprimé à Paris le 1 1 mai. Rengguer engageait l’assemblée à le prendre lui et ses biens sous sa protection. Les députés se bâtèrent de désavouer leur ancien syndic, déclarant qu'ils votaient librement et rendaient grâces au prince d’avoir protégé leurs délibérations par les troupes impériales.
L’attitude prise par l’assemblée et la citation énergique faite par le tribunal inquisitorial contre les fauteurs des troubles n’arrêtèrent pas les meneurs dans leurs projets de bouleversement. Le 31 mai, une panique générale tint toute la ville sous les armes pendant une partie de la journée: on savait qu’il était sérieusement question de s’emparer du château et qu’on comptait pour la mise à exécution de ce projet sur le secours des Français du voisinage. Les conjurés ne s’étant pas trouvés assez forts, se contentèrent de signer une sommation injurieuse qu’ils adressèrent à l’évêque de Bâle, comme une menace pour l’avenir. Le prince et le délégué de l’empereur protestèrent contre ces menées révolutionnaires et firent d’énergiques défenses pour protéger la paix publique. — Pendant ce temps, Pmngguer et Gobel, auxquels s’étaient joints le promoteur Voisard, infidèle
Citation édictale contre le sieur Rengguer, imprimée avec la correspondance de Gobel, p. 13.