‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 415 sur 612 · LE PRINCE EVEQUE QUITTE PORRENTRUY · texte numérisé non relu

LE PRINCE EVEQUE QUITTE PORRENTRUY

A ces nouvelles, le prince ne se croit plus en sûreté à Porrentruy. Le départ prochain des Autrichiens le laisse en face d’une armée ennemie et d’un peuple où la révolte compte de nombreux partisans. Une résistance inutile ne servirait qu’à compromettre sa cause; il cède devant la force et fait tout préparer pour son départ. Du 16 au 22 avril, plus de quatre-vingt chariots de bagages avaient pris la route de Suisse : la cour sauvait ses archives, son argenterie, ses effets les plus précieux. Le 25, un incendie se déclare dans la maison de Bilieux (rue des Annonciades) ; on croit que c’est le signal de la vengeance des patriotes contre les partisans de la cour. Le 27, le bruit court que Rengguer arrive à Porrentruy à la tête de cinq mille brigands pour piller et. saccager la ville. L’effroi est à son comble. Aussitôt cinquante-trois familles prennent la fuite, ainsi que tous les prêtres comtois et alsaciens qui s’étaient réfugiés à Porrentruy. Devant cette panique générale, le prince cède à son tour. Toute la nuit, on avait entendu les collines du Lomont retentir de coups de fusil et de cris fréquents; les portes de la ville étaient encombrées par des curieux dont les dispositions paraissaient hostiles. En outre, la nouvelle était arrivée qu’un détachement français était en route pour couper la retraite au prince et à ses soldats. L’évêque de Bâle donne aussitôt le signal du départ et escorté par les Autrichiens, il arrive aux Rangiers. Là, son escorte le quitte pour suivre la route de Delémont et retourner en Allemagne. Le prince prit le chemin de Bellelay, n’ayant avec lui que sa garde ordinaire et plusieurs officiers de sa cour.

L’abbaye donna ce jour-là asile à cent cinquante émigrés qui dès le lendemain suivirent le prince à Bienne. L’Abbé de Bellelay, lui-même, ne se croyant plus en sûreté dans son couvent, se hâta de se réfugier dans la même ville avec ses élèves. A Bienne, le prince logeait dans la maison qui lui appartenait. Faute de place, tous les dicastères durent s’installer dans la même salle. Les employés avaient leur pension en ville, aux frais de l’évêque de Bâle. „ Pendant tout l’été, dit M. Kuhn, la cour flotta entre l’espérance de rentrer dans ses foyers et la crainte d’être chassée plus loin."

Le 2 novembre 1791, le directoire du Haut-Rhin avait porté un arrêté qui ordonnait que tous les religieux et les prêtres séculiers et réguliers résidant dans le Haut-Rhin, qui n’ont pas prêté ou qui ne prêteront pas le serment, seront tenus de se rendre à Colmar, pour y résider. (Art. 4.) Ceux qui ne se conformeront pas à l’article 4 ci-dessus, seront arrêtés et conduits, à leurs frais, par la force publique, au premier lieu de l’intérieur à leur choix, qui sera hors du département, et, en même temps, au moins à dix lieues de distance des frontières. — (Art. 11 et 12.)

Aussitôt un grand nombre de prêtres fidèles durent passer le Rhin. Les premiers départs eurent lieu, dans le Haut-Rhin, au mois de décembre 1791 et au commencement de 1792. Le curé de Colmar, un des premiers, dut se soustraire aux poursuites dirigées contre lui. Il trouva en Suisse un asile momentané qu'il quitta déjà le 2 février 1792, pour venir s’exposer à de nouveaux dangers au milieu de ses ouailles. 11 eut même le courage de paraître aux offices des catholiques, tolérés pendant quelque temps à l’église des Unterlinden, qui fut, après l'église des capucins, V édifice consacré au culte religieux par une société particulière. Les prêtres du Haut-Rhin ne songèrent guère à aller résider à Colmar pour se livrer à Rebwell. Le P. Voisard, professeur au collège de Porrentruy et annaliste

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