‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 418 sur 612 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

quelques communes, en très petit nombre, qui les accueillirent sans résistance, toutes les autres usèrent de tous les moyens pour dégoûter les prêtres jureurs qu’on leur envoyait, pour les forcer à s’éloigner, comme aussi pour garder et pour faire revenir leurs anciens pasteurs. Le moins qui pût arriver aux assermentés était d’essuyer des injures, des outrages de tous genres, quand ils s’avisaient de sortir de leur presbytère. L’église était délaissée, pendant qu’ils officiaient, ou, s’il s’y trouvait du monde, c’était pour accueillir le prêtre, à son entrée, par des huées, des rires, des sifflets, qui ne cessaient que quand il s’était retiré. Dans les rues, les enfants les poursuivaient de leur moqueries et leur jetaient de la boue et des pierres. Pendant la nuit, le presbytère était, à chaque instant, assailli par une grêle de projectiles qui en brisaient les tuiles et les vitres. 1

Le départ subit du prince de Roggenbach laissait Porrentruy sans défense. Le château était gardé par quelques soldats commandés par M. Jobin, remplissant l’office de castellan. Les bourgeois s’organisent aussitôt pour monter la garde à leur tour, et défendre la ville menacée.

Le 29 avril, un aide de camp de Custine vient annoncer l’arrivée des Français dans l’évêché. Tandis que le commandant du château se rend à Réchésy pour s’entendre avec le général de Custine, le magistrat se hâte d’envoyer des vivres aux Rangiers. Le détachement français, fort de quatre mille hommes, arrivait en même temps à Cornol: il se composait de deux bataillons de volontaires, du régiment de Touraine, et des dragons et chasseurs d’Angoulême, avec huit pièces de canon. 2 Aux Rangiers, l’armée, après une balte nécessaire, prit ses positions. Le régiment d’Angoulême s’établit à Aile et à Courgenay; 3 un fort piquet de troupes muni de canons garde les Rangiers sous la conduite d’un officier qui devait se faire un nom sous l’empire, Delmas ; Delémont devint le quartier général de l’armée d’occupation.

Le général de Custine et le lieutenant-général de Ferrières y entrent le 30 au matin, à la tête de trois cents gardes nationaux et de la moitié du régiment de Touraine (1848 hommes); mais dès le lendemain, le général de Custine reprend le chemin d’Huningue, ne laissant à Delémont que 650 hommes commandés par le général de Ferrières. 4

L’arrivée des Français dans l’évêché devait rendre toutes ses espérances au parti révolutionnaire; aussi, dès le 29, le curé Copin, puis l’abbé Lémane (3 mai), quittent leur prison; quatre proscrits des plus redoutés rentrent en Ajoie et sont accueillis avec enthousiasme. La cocarde française est arborée de toutes parts; les paysans s’attroupent menaçants aux abords de la ville. 5 Chaque jour, des soldats français, cantonnés dans le voisinage, parcourent la cité en chantant; ils sont reçus au château par M. Paris, G qui a remplacé M. Jobin dans

1 Veron-Réville, p. 64. — 2 „A deux heures (29 avril) il y eut une assemblée de toute la bourgeoisie pour organiser la garde bourgeoise et former le corps des volontaires, dont on confia l’organisation à M. Raspieler, avocat. MM. Paumier et Paul, tous deux chevaliers de Saint-Louis, furent choisis pour commander les patrouilles qui furent établies à pied et à cheval, tant à l’intérieur de la ville qu’à l’extérieur;

le nombre des bourgeois qui devaient veiller fut réglé suivant les rues.11 (Relation de M. Scheppelin). =

3 „Le colonel, M. de Montigné, avec deux officiers, est logé chez M. le curé de Courgenay. “ (P. Voisard,

Journal.) = 4 „Les officiers supérieurs logés au château, le drapeau et le lieutenant-colonel, et deux officiers chez M"’° de Grandvillers, la seule darne noble qui ne soit pas émigrée, cinquante aux Ursulines, cent aux Capucins, cent à Montcroix, cinquante à l’hôtel-de-ville, etc.“ (P. Moreau, Journal, p. 4.) =

5 Pendant la nuit du 29, les patrouilles en ont saisi dix-sept qu’on a mis au corps de garde.11 (P. Voisard.)

= 6 * M. Paris était un architecte distingué à qui nous devons un grand nombre de nos plus beaux édifices

publics. L’hotel-de-ville de Porrentruy, l’église de Delémont ont été construits d’après ses plans,

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