ATTAQUE DU CHATEAU
ces fonctions de châtelain, et qui préside le conseil de régence institué par le prince pour expédier les affaires (4 mai). Enfin, c’est R.engguer lui-même, le moteur caché de tout ce mouvement, qui fait sa rentrée à Porrentruy à la tête de tous les proscrits, escorté des membres les plus fougueux des clubs de Delle et de Belfort (5 mai).
C’était un dimanche. La musique de cette dernière ville, précédant la garde nationale, après avoir parcouru les rues de Porrentruy, en jouant l’air: Çà ira, les aristocrates à la lanterne, se rend à l’église des Capucins où une messe militaire est célébrée. Après midi, le bonnet rouge est arboré sur la grille de l’hôpital. Vers le soir, un grand souper réunit à l’auberge de la Cigogne les proscrits et les gardes nationaux français; un bal à 1 ’ hôtel- de -ville termina cette journée qui acheva de jeter l’épouvante dans la population (6 mai). Cependant Rengguer est averti qu’il est poursuivi par les chasseurs du prince; il se hâte de quitter Porrentruy, passe quelques jours à Delémont, où il essaye de faire des prosélytes, puis se rend à Bâle. Arrêté comme un fugitif par la police de cette ville, il parvient, après de longues réclamations, à retrouver sa liberté. Il se hâte de revenir à Delémont (14 mai), où le général de Ferrières l’accueille avec faveur.
Le jour de l’Ascension (15 mai 1792), à cinq heures du matin, on voit arriver une foule de paysans qui se promènent sur la place. Effrayé de leur nombre qui s’accroissait d’heure en heure, le conseil de régence demande secours à la bourgeoisie: une Assemblée a lieu immédiatement ; les bourgeois sont armés et se tiennent prêts à tout événement.
„A midi (nous citons un témoin oculaire, M. Scheppelin), la foule augmente au point que les rues, semblables aux jours de foire, sont remplies de paysans. Déjà on entend des cris et des murmures, et la garde, trop faible pour les contenir, est doublée. Peu de temps après vêpres, des cris de „Vive la nation!" annoncent l’entrée solennelle de Rengguer. Un paysan nommé Crétin, de Cornol, monté sur un coursier, précède la marche; viennent ensuite des enfants de huit à quatorze ans, armés de bûches: ils sont suivis d’un grand nombre de paysans portant des pieux sur l’épaule: quelques-uns sont armés de fusils, et toute cette cohorte marche rangée sur cinq ou sept hommes de front. Au centre se trouve la voiture de Rengguer traînée par quatre chevaux. Cette voiture est suivie d’un nombre prodigieux de paysans armés et rangés comme les précédents, et toute cette cohue formée de plus de cinq cents individus traverse la ville de la porte de Saint-Germain à celle de Courtedoux, et dirige sa marche directement vers le château. La sentinelle placée à la Réfousse avertit du danger: on ferme les portes du château. Les chasseurs se disposent à faire feu; mais M. Paris, qui en avait la garde, veut savoir ce que demande cette cohue, avant d’user envers ces misérables, de moyens extrêmes. Les plus hardis, arrivés les premiers près de la grande porte du château, y frappèrent, en nous sommant avec insolence, dit M. Paris dans son mémoire justificatif, au nom le leur chef, de l’ouvrir, et sur notre refus, nous menacèrent de l’enfoncer. Notre seule réponse fut que nous allions l’ouvrir, et leur lâcher une bordée de deux pièces de canons chargés à mitraille, et les ayant en effet fait avancer vers la porte, le seul bruit des roues des affûts les épouvanta tellement qu’ils se retirèrent à plus de quatre-vingt pas. Les femmes, enfants et autres que la curiosité avait attirés là s’etaient, dès le commencement, mis en sûreté derrière les écuries.