CHAPITRE XXXVIII
„I1 se passa plus d’une heure sans que l’on fît aucun mouvement de part et d’autre, si ce n’est que quelques-uns d’entre eux visitèrent s’il y aurait moyen d’entrer de quelque autre côté; mais la crainte des coups de fusil les détourna bientôt de cette tentative. Les canons étaient braqués en face de la porte de la campagne, soutenus par les soldats de la garde de l’évêque; des sentinelles étaient placées au jardin pour avertir en cas d’attaque de ce côté; les chasseurs et les bourgeois formaient l’avant-garde. Tout était prêt pour résister à l’attaque des paysans, lorsque tout à coup la sentinelle placée à la Réfousse se mit à crier : „Au feu dans le chantier!" Aussitôt M. Paris s’écrie qu’il faut faire une sortie vigoureuse. Pendant qu’on ouvre les portes, M. Piquerez dit à ses soldats: Mes amis, voici le moment où vous pouvez signaler votre zèle pour le service de Son Altesse; c’est lui qui vous donne du pain, vous devez le défendre. Je resterai à vos côtés, que le premier de vous qui me verra broncher me donne un coup de fusil. (Mémoire de M. Scheppelin.) A l’instant, la porte s’ouvre, le canon marche en avant, et l’avant-garde se porte vers la maison du maître chasseur. Quelques brigands, cachés derrière un tas de planches, tuèrent deux soldats. Alors une juste colère anime tout le monde, on fait un feu roulant sur les campagnards : une bordée lâchée contre ces malheureux achève de les disperser. On se transporte précipitamment au chantier, qui renferme près de mille cinq cents toises de bois et quelques centaines de tonneaux de sel : six toises environ sont déjà en feu ; pour faire éclater les tonneaux de sel on les a parsemés de poudre à canon. Mais le feu est bientôt éteint, pour le bonheur du château et de la ville, car, si malheureusement cet incendie avait eu des suites, Porrentruy devenait infailliblement la proie des flammes.
„ Ainsi se termina l’escarmouche du 1 7 mai, qui avait duré depuis trois heures et demie jusqu’ à sept heures du soir. Le berger du château recueillit un char de pieux que les paysans avaient abandonnés pour courir plus aisément. La voiture de Rengguer fut mise en pièces. On y trouva, outre plusieurs autres objets et quelques assignats, la minute d’une lettre écrite de sa main à un ami. Il lui marquait que les troupes françaises n’étaient entrées dans les États de l’évêché que pour appuyer la révolution qu’il méditait; qu'il avait déjà pris avec le général Ferrières toutes les mesures propres à faire réussir cette entreprise; qu'il voulait d’abord s’emparer du château, etc. L’on trouva aussi à peu de distance de cette voiture un soulier avec une boucle d’argent, et la pareille, un peu plus loin; c’est ce qui accrédita le bruit que R.engguer s’était enfui à plus de deux lieues vers Delle avec un seul soulier." 1
C’était un échec complet; cependant Rengguer ne se tint pas pour battu. Il savait qu’il pouvait compter sur de nombreux partisans en Ajoie; il paya d’audace. Le 18, il se présentait au club de Delle et demandait l’appui des républicains français; le président lui donnait bonne audience et lui promettait le secours des sociétés voisines. Le lendemain Rengguer envoyait au magistrat de Porrentruy une sommation de lui remettre le château; on lui répondit que le château était bien gardé, et qu’on l’autorisait à entrer en ville seul et sans escorte.
Deux jours après, Rengguer essaie d’entraîner après lui contre Porrentruy les gens de Courtemaiche ; mais le curé fit si bien par sa harangue, que pas un
1 Mémoire justificatif de M. Paris. (Imprimé, 4 pages in-4°.)