‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 424 sur 612 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

vallée de Delémont sont forcés de quitter le château dont la garde doit être remise aux Français (24 août). Le 27, trois bataillons du département du Doubs viennent augmenter la garnison et logent aussi au séminaire et au gymnase ; ils sont suivis, quelques jours après (6 septembre), de deux cents soldats du régiment de Guienne qui s’établissent dans les maisons des anciens officiers du prince émigrés. Cette occupation militaire, qui menace de se prolonger pendant tout l’hiver, jette la consternation dans la ville. A peine arrivés, les soldats font retentir l’air de leurs chants révolutionnaires; ils demandent à grands cris l’élargissement des partisans de Rengguer détenus aux sept pucelles; le château est menacé. Informé de ces dispositions, le prince ordonne de mettre les prisonniers en liberté (9 septembre). Quelques jours après, le 6e bataillon de volontaires du Haut-Rhin, composé en grande partie des Jacobins les plus exaltés d’Alsace, franchit les frontières de l’évêché et s’avance vers Porrentruy. La terreur est à son comble. Près de Ruix, un pauvre garçon du village reçoit un coup de fusil qui met sa vie en danger. A Grandgourt, un prêtre fugitif, M. Jean Pêcheur, curé de Florimont, avait cherché refuge pour quelques heures chez les religieux du prieuré qui l’avaient retenu à dîner. A la nouvelle de l’arrivée des Français, il se hâte de prendre la fuite et gagne la forêt voisine. Un capitaine du bataillon français l’aperçoit, et d’une halle il atteint à la tête le pauvre prêtre qui tombe et expire. C’était le 24 septembre 1792.

Cet assassinat, que rien ne pouvait justifier, excita dans tout le pays une vive indignation. Devant cette réprobation générale, le bataillon dut livrer le coupable, qui fut dégradé et incarcéré au château. Jugé par le conseil aulique, il fut condamné à mort; mais le prince, craignant les suites de cette déplorable affaire, fit grâce au coupable et lui remit sa peine (15 octobre).1 Sous de tels auspices, l’œuvre révolutionnaire devait aller grand train. On commence par planter en grande pompe l’arbre de la liberté à l’angle de l’hôtel-de-ville ; 2 les volontaires du Haut-Rhin, mêlés aux partisans de Pœngguer, l’entourent en dansant et en hurlant le Ça ira. Ils se jettent sur le carcan qu’ils promènent à travers les rues de la ville, en poussant de grand cris. On pénètre de force dans la grande salle de l’hôtel-de-ville où l’on arrache le portrait du prince que l’on met en morceaux avec mille blasphèmes (21 septembre). On démolit la potence: la ville est remplie des clameurs de cette foule ivre de rage.

Informé de ces désordres, le général de Falck, qui commandait à Delémont l’armée d’occupation, accourt â Porrentruy: il ordonne sur-le-champ une enquête très sévère, et ne quitte la ville qu’après avoir menacé les fougueux volontaires du Haut-Rhin de les dénoncer au général Riron. Deux jours après, nouvelle panique. C’étaient trois commissaires, envoyés par la Convention nationale, sur les réclamations incessantes de Gobel et de son neveu, qui arrivaient chargés d’examiner de près l’état de l’évêché de Bâle. 3 Reçus à la porte de Courtedoux par les généraux de Ferrières et de Falck, à la tête de leurs troupes, ils entrèrent en ville au bruit du canon. Leur premier acte fut d’organiser à l’hôtel-de-ville un club révolutionnaire où les idées républicaines pourraient librement se faire jour. Ils destituèrent le commandant de Porrentruy, M. de Faraincourt, qui était

1 L’assassin du curé Pêcheur s’appelait Bosswag; il était de Strasbourg. = 2 On l’appelait l'arbre

sans racine, surmonté d’un bonnet sans tête. — 8 Ces commissaires étaient Carra, Pireur et Sillery.

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