OCCUPATION DU CHATEAU
trop honnête homme, et le remplacèrent par Delmas, dont le républicanisme était connu. Après cet exploit, les commissaires rentrèrent en France par Blamont (26 octobre). La Révolution triomphait. Le 4 novembre, la garde du prince évacue le château, qui tombe entre les mains des plus chauds partisans de Rengguer. Le lendemain, l’arbre de la liberté est planté dans la cour de l’ancienne résidence des princes-évêques de Bâle. Après les scènes ordurières qui accompagnaient d’ordinaire cette cérémonie, on se jette sur une statue de saint Pantale, le premier évêque de Bâle, qui décorait la chapelle du château ; on la traîne à travers les rues de la ville, en la couvrant de boue et en poussant d’horribles blasphèmes; enfin, on rattache au carcan. Le soir, il y avait grand bal à l’hotel-de- ville.
Quelques jour après, on chantait à l’église paroissiale un Te Deurn d’actions de grâces. Le canon tonnait au château; puis on se rendait processionnellement auprès de l’arbre de la liberté devant lequel on chantait la Marseillaise. Au dernier couplet, la foule était à genoux, et le commandant militaire bénissait! La cérémonie se terminait par une ronde immense qui passait et repassait devant l’arbre sacré. Le soir on dansait à l’hôtel-de-ville, et en même temps on cassait les vitres de tous les habitants qu’on soupçonnait de quelque attachement au prince-évêque de Bâle (18 novembre).
Rengguer l’emportait sur toute la ligne. Il pouvait reparaître dans l’évêché et jouir enfin de son œuvre. Le 2 novembre, il avait proclamé sa victoire dans une circulaire qu’il adressait à tous ses compatriotes. „La patrie est sauvée! s’écriait-il, nous sommes libres et rien ne peut plus nous empêcher de l’être . . . Le temps de la justice est enfin venu . . . Qu’ils tremblent ceux qui oseraient attenter aux signes sacrés de notre révolution . . . Qu’ils sachent que nous voulons vivre libres ou mourir ..." (2 novembre.)
Ce fut le 26 novembre que l’ancien syndic des États fit son entrée triomphale dans la capitale de l’évêché de Bâle. Il était accompagné de ses plus fougueux partisans. Cinq carrosses du château traînaient les libérateurs du peuple , au milieu des rangs pressés de la bourgeoisie sous les armes, et au son répété du canon.
Le général Démars, qui commandait à Delémont, était allé à la rencontre de Rengguer jusqu’à Delle, avec douze dragons qui faisaient escorte à Tardent révolutionnaire. Gobel suivit de près son neveu. L’évêque de Paris avait cédé au torrent qui l’entraînait, la Révolution trouvait en lui un instrument facile dont elle se servait. Le 28 octobre, une décision du conseil exécutif de France l’avait chargé d’aller se concerter à Strasbourg avec le général Biron, commandant en chef l’année française sur le Rhin, et de lui communiquer ses idées sur les dispositions à faire dans l'évêché de Bâle. Gobel avait préparé une proclamation qui, sous le nom du général français, consacrait son triomphe et donnait gain de cause à la Révolution (10 novembre).
On n’attendait que Gobel pour publier solennellement la fameuse proclamation de Biron. Ce fut le 9 décembre que le général Démars, escorté de Rengguer et de l’évêque de Paris, fit. la lecture publique de cet acte important. Devant l’hôtelde-ville on avait dressé un autel de la liberté, décoré d’emblèmes révolutionnaires ; les troupes l’entouraient, la foule impatiente encombrait la place et les rues voisines.
La proclamation était adressée aux citoyens habitant le pays de l’évêché de Baie. Après l’énumération des griefs si souvent reprochés au prince, le général