CHAPITRE XXXV11I
Biron déclarait, au nom de la République, que „ ledit prince et le Chapitre avaient rompu la paix et l’alliance qui subsistaient entre la France et l’évêché de Bâle; qu’en conséquence il les regardait comme ennemis de la République ..." Ordre était donné aux troupes françaises dans l’évêché de ne plus reconnaître ni soutenir l’autorité du prince ou du Chapitre sur les peuples du ci-devant évêché ... De plus, au nom de la République française, les citoyens dudit pays étaient proclamés délivrés de leurs anciens maîtres, et libres de se donner telle forme de gouvernement qu'ils voudraient. A cette fin, le général invitait toutes les communes à nommer des députés pour se constituer en Assemblée nationale afin d’y arrêter le choix d’un nouveau gouvernement. Publiée le même jour dans toutes les communes de l’évêché de Bâle, la proclamation de Biron mettait fin violemment au régime des princes-évêques. Une ère nouvelle va se lever sur ce pays si bouleversé et si profondément inquiet. La République rauracienne va faire son apparition dans le monde.
Suivant la proclamation du généra] Biron, en date du 10 novembre 1792, qui „ invitait les communes à nommer chacune un député pour former une Assemblée appelée à délibérer sur le choix d’un nouveau gouvernement", les élections avaient eu lieu dans tout le pays le 15 décembre. Le 16, les députés étaient réunis, sous la présidence du curé Copin, doyen d'âge, à l’hôtel des halles de Porrentruy. Le général Démars se lit conduire à l’Assemblée dans une voiture du prince, attelée de six chevaux. La vérification des pouvoirs donna lieu tout d’abord à une scène assez violente. Le général Biron avait, de son chef, déclaré comme représentants du pays Rengguer et vingt-trois de ses partisans; c’était une portion notable de l’Assemblée qui n’avait pas reçu l’élection du peuple. La majorité des députés protesta; la séance fut levée au milieu du bruit. Rengguer se retire avec son parti au château. Démars fait battre la générale et fermer les portes de la ville. Pour éviter l’effusion du sang, l’assemblée se soumet à l’arbitraire, et reprend séance sous la présidence de Rengguer.
Le premier acte des représentants du pays fut de déclarer le prince déchu de la principauté, que l’on proclama République libre et indépendante, sous le nom de Rauracie ( 1 9 décembre) . Cette détermination de l’Assemblée fut annoncée à la ville par trois décharges de canon. Dans la soirée, le général se rendit aux halles pour complimenter les députés sur cet acte patriotique. Après lui, les troupes cantonnées à Porrentruy défilent dans la salle ; puis vient le curé avec son clergé ; il fait au peuple souverain le complimenl nécessité par les circonstances. On applaudit. Le principal du collège, accompagné des professeurs de l’établissement, paraît à son tour et fait sa harangue. Nouveaux applaudissements. Entre chaque défilé la musique de la troupe exécute des airs patriotiques. Enfin, „les citoyennes de Porrentruy demandent à être admises à la barre". Mlle Rengguer, à la tête de quinze demoiselles, fait son compliment, aux applaudissements de toute la salle. Le soir, toute la ville était illuminée. 1 Dans les séances suivantes, l'assemblée proclama l’inviolabilité des députés, abolit toute distinction de rang et de titres, organisa différents comités de finances, de commerce, d’agriculture, de législation, etc., ordonna la continuation du culte public, décréta l’élargissement de tous les prisonniers à l’exception de quatre grands-chanoines, des membres du conseil
1 Journal de D. Moreau.