‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 428 sur 612 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Démars ne se tient pas pour battu. Le lendemain, il fait arrêter Favrot, ordonne au club de se dissoudre; sur le refus que lui portent douze membres choisis par l’Assemblée, il fait braquer les canons contre la ville, emprisonne le président du club, renvoie de Porrentruy, comme lui étant hostile, le bataillon de la Gironde, qu’il dirige sur Arlesheim, et le remplace par le 6e bataillon du Haut- Rhin, dont une compagnie est cantonnée au collège (17 janvier).

Pendant ce temps, les membres du club, réunis malgré la défense de Démars, envoient à Strasbourg et à Paris trois députés, MM. Fuyot, officier du bataillon de la Gironde; Béchaux, avocat, et Bennot, de Delémont, pour porter leurs plaintes à la Convention et demander le rappel du général français. 1 C’est au milieu de cette profonde agitation que s’ouvrit la nouvelle Assemblée, convoquée en vertu du dernier décret de la Convention. Le curé du Noirmont, Copin, président d’âge, ouvrit la première séance (18 janvier). La vérification des pouvoirs des députés donna lieu à des scènes tumultueuses qui firent mal augurer de l’avenir. L’article III de la proclamation de la Convention nationale excluait de l’Assemblée tous les officiers et adhérents du prince-évêque. Or, Rengguer avait été conseiller intime de l’évêque de Bâle, et de plus, il portait un titre de noblesse. Motion fut faite d’expulser cet intrus. Cris et tumulte : les tribunes réclament, le président se couvre. Rengguer, cédant à l’orage, quitte la salle et se retire au château avec vingt-cinq de ses partisans.

Après son départ, les soixante-dix-sept députés restants s’érigent en Assemblée constituante, et choisissent pour président l’ancien maître-bourgeois Guélat. Une députation en porte la nouvelle au général qui la chasse ignominieusement. Les vaincus, forts de l’appui de Démars, reviennent à la charge; les députés, fidèles à leur mandat, sont menacés de la prison ; quelques-uns sont chassés de la salle avec violence. Sous l’empire de la terreur, Rengguer est élu président par cinquantetrois voix et prend possession du fauteuil. 2 Ausssitôt l’Assemblée prête entre ses mains serment de liberté, égalité et souveraineté du peuple; une députation de douze membres porte cette nouvelle au général français; Démars fait jouer l’artillerie et vient en personne, suivi de son état-major, féliciter l’Assemblée sur l’heureux événement qui affermit la République rauracienne.

Après le départ du général, l’Assemblée lui envoie de nouveau douze membres pour le remercier et le prier de vouloir bien lui continuer ses bons offices. En même temps, trois commissaires sont députés à Paris pour porter à la Convention nationale des remerciements pour l’appui généreux qu’elle accordait à la nouvelle République3 (22 janvier). Le but secret, de cette députation était principalement de combattre à Paris les accusations que les délégués du club de Porrentruy avaient portées contre R.engguer, Démars et leurs partisans.

Le 27 janvier, ils avaient paru à la barre de la Convention. „Nous accusons, dirent-ils, Rengguer et vingt-quatre de ses complices d’avoir usurpé les pouvoirs souverains dans la Rauracie, et de s’être, sans mission du peuple, érigés en Assemblée nationale constituante, au château de Porrentruy, au mois de novembre

1 M. Fuyot. n’ayant pu remplir le mandat qui lui était confié fut remplacé par l’avocat Scheppelin.

= 2 Procès-verbaux des séances de l’Assemblée nationale de la Rauracie. — Journal du P. Voisard, de

D. Moreau, etc. = 3 C’étaient Lérnane, député de Roche-d’Or, Herzeis. député de Séprais, et Kauffmann, secrétaire de l’Assemblée, auxquels se joignit le vicaire-général de Gobel. le chanoine Priqueler, de Saint-Ursanne.

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