FIN DE LA RÉPUBLIQUE RAURACIENNE
dernier . . . Nous accusons Gobel et Démars d’avoir soutenu et protégé cette faction ..." 1 A l’appui de cette accusation capitale les envoyés du club de Porrentruy apportent des preuves nombreuses qui excitent l’étonnement et l’indignation de l’Assemblée. La Convention renvoie cette dénonciation à ses comités diplomatiques et de surveillance, pour en faire le rapport dans trois jours.
Les plaintes portées contre Démars étaient de nature à provoquer son changement immédiat. Aussi l’ordre lui fut-il aussitôt expédié de quitter Porrentruy sur-le-champ pour se rendre à Schelestadt. Son départ causa une grande joie parmi la population calme et honnête de l’Ajoie. Démars avait signalé son passage à Porrentruy par des actes d’une impiété et d’une injustice révoltantes.
Pour molester les religieuses de cette localité, il avait fait caserner ses troupes dans leurs couvents, quoique les bourgeois lui offrissent des logements à cet usage. 11 détestait particulièrement les capucins, auxquels il prodiguait l’injure. Un jour, il se transporte au couvent et signifie aux religieux l’ordre de déloger. Le Père gardien demande au général ce qu’il doit faire d’un fou qui est enfermé dans la maison. Démars veut voir le prisonnier; il prétend que c’est, une victime des moines; il le fait habiller en garde national et le conduit au château. Il le met à table avec lui et se réjouit très fort d'avoir rendu un si brave homme à la liberté. Tout à coup le fou se jette sur le général et Fallait étrangler si l’on ne fût accouru à son secours. Démars jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. Parti le 4 février de Porrentruy, il fut immédiatement remplacé par le général Mieszkowski, dont le caractère timide et craintif contrastait singulièrement avec l’audace et la fougue de Démars.
Pendant qu’à Porrentruy on célébrait par une fête publique l’arrivée du nouveau général, les députés de l’Assemblée rauracienne se présentaient à la Convention (7 février) et cherchaient à justifier les triumvirs des accusations portées contre eux par les envoyés du club de Porrentruy.
La Convention prit acte de ces déclarations, et dans sa séance du 10 février décida, sur la proposition de Guyton-Morveau, l’envoi de trois commissaires pris dans son sein, qui „se rendraient incessamment à Porrentruy et autres lieux dépendant de la ci-devant principauté de ce nom, pour y prendre les informations nécessaires au sujet de la réunion de l’évêché à la France, ou de l’établissement définitif de la Piépublique de la Raurfcie “ . Les trois députés nommés furent les citoyens Laurent, Monnot et Putter. 2 Ils arrivèrent à Porrentruy le 19 février. Le général Dèsprés-Crassier les avait précédés avec une mission analogue. Le 14 février il se transporte à l’Assemblée, et est témoin du désordre qui règne dans ses délibérations. Même agitation au club, où il paraît le soir. Le 16, il reparaît à l’Assemblée, et lui déclare qu’en vertu d’un ordre reçu de Paris pendant la nuit, elle doit se regarder comme dissoute. Les députés se séparent au milieu de la plus vive inquiétude. Depuis un mois ils s’épuisent à organiser un semblant d’administration dans la Rauracie; le désordre y est à son comble. Deux partis sont en présence, qui se dénoncent mutuellemennt à la Convention. L’arrivée des commissaires était attendue avec impatience.
1 Moniteur de France, mardi 29 janvier 1793, p. 141. = 2 Laurent fut député du Bas-Rhin à la Convention. Il vota, avec Monnot et Ritter, la mort de Louis XVI. Il mourut en 1804. — Monnot fut secrétaire de la Convention en avril 1794. En 1795 il passa au Conseil des Cinq-Cents. — Ritter, juge
au tribunal d’Altkirch, député du Haut-Rhin à la Convention.