CHAPITRE XXXVIII
Le 23 février, ils font publier une proclamation qui enjoint à tous les habitants de la Rauracie „ de se former en Assemblées primaires ou communales pour y délibérer sur la forme de gouvernement qui leur convient, et y nommer un député pour chaque commune, qui sera chargé d’apporter à Porrentruy les vœux de ses concitoyens." Les votes ont lieu le 7 mars. Le 8, les députés sont réunis à Porrentruy. Au dépouillement du scrutin, il est constaté que quarante communes seulement ont voté pour la réunion du pays à la France ; tandis que les quatre-vingts autres demandent de former une République séparée. Ce résultat n’est pas du goût des commissaires de la Convention. Ils attaquent la validité des votes opposés à la réunion du pays à la France; ils en annulent un grand nombre, et se font ainsi une majorité qui leur permet de crier victoire. Aussitôt quatre députés sont choisis pour aller porter à Paris le résultat des votes de la Rauracie. 1 Le 2 1 mars ils sont admis à la barre de la Convention, et expriment le vœu de leurs concitoyens pour la réunion à la France. Ils reçoivent du président le baiser fraternel et prennent place dans la salle. 2
Le surlendemain (23 mars), la Convention rendait le décret suivant:
„La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de son comité diplomatique, déclare, au nom du peuple français, qu’elle accepte le vœu librement émis par le peuple souverain du pays de Porrentruy, dans l’Assemblée générale de ses représentants du 8 de ce mois, pour sa réunion à la France ; eu conséquence décrète ce qui suit:
Art. I. „Le pays de Porrentruy formera un département particulier, sous le nom de département du Mont-Terrible . . .
Art. IL „Les commissaires de la Convention nationale envoyés dans ce pays, par décret du 10 février dernier, sont chargés de prendre toutes les mesures nécessaires pour y assurer l’exécution des lois de la République, ainsi que de faire parvenir à la Convention tous les renseignements propres à déterminer l’organisation et la division de ce département.
Art. III. „Le conseil-exécutif provisoire est chargé de faire procéder au reculement des barrières, en prenant toutes les précautions nécessaires pour prévenir les exportations en contravention aux lois de la République." 3
Le 1er avril, les députés rapportaient le décret, qui fut promulgué le 7 du même mois, au bruit du canon et au son de toutes les cloches.
La République de la Rauracie avait à peine vécu une année : l’évêché de Bâle était français.
Après le meurtre de Louis XYI, la Convention songea à détruire définitivement l’Église, comme elle croyait avoir détruit la royauté. Les souffrances du clergé catholique dans l’exil n’avaient point désarmé la Révolution ; la haine du prêtre qui bouillonnait dans son sein, et que Barrère lui-même a qualifiée d’atroce, semblait., au contraire, être devenue plus ardente. Le 18 mars 1793, la Convention décréta la peine de mort contre tout ecclésiastique déporté ou dans le cas de la déportation, qui serait arrêté, après le délai de huit jours, sur le territoire français; et elle fit une obligation sévère à tous les citoyens de dénoncer et même d'arrêter les malheureux qu’ils sauraient être placés sous le coup de cette horrible loi.
1 Ces députés étaient Lémane le perruquier, Rengguer, Triponé et (lopin. = 2 Moniteur. — Séance
du jeudi 21 mars 1793, p. 3G9. = 3 Moniteur. — Séance du 23 mars 1793, p. 374.