‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 434 sur 612 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Il restait encore en France un petit nombre d’ecclésiastiques qu’aucune des dispositions pénales existantes n’avait atteints, parce qu’ils n’étaient pas tenus au serment constitutionnel, et que nul dénonciateur n'avait demandé leur éloignement. Ils avaient été invités à prêter le serment révolutionnaire du 15 août 1792, de maintenir la liberté et l’égalité. Ceux qui avaient refusé ce serment, avaient été privés de l’indemnité qui leur était due par suite de la confiscation des biens du clergé. Une spoliation aussi injuste, qui les réduisit presque tous à la misère, ne suffisait pas. Le 21 et le 23 avril 1793, la Convention édicta contre eux une pénalité rétroactive d’une rigueur ou plutôt d’une cruauté inouïe.

1° „Tous les ecclésiastiques séculiers, réguliers, frères convers et lais, qui n’ont pas prêté le serment de maintenir la liberté et l’égalité, conformément à la loi du 15 août 1792, seront embarqués et transférés sans délai à la Guyane française. 2° Seront sujets à la même peine ceux qui seront dénoncés pour cause d’incivisme, par six citoyens du canton. La dénonciation sera jugée par les directoires des départements, sur l’avis des districts. 3° Le serment qui aurait été prêté postérieurement au 23 mars dernier, est regardé comme non avenu. 4° Les vieillards âgés de plus de soixante ans, les infirmes et les caducs, seront enfermés, sous huitaine, dans une maison particulière, au chef-lieu du département. 5° Ceux des déportés, qui rentreraient sur le territoire de la République, seront punis de mort dans les vingt-quatre heures."

Cette loi barbare n’a pas besoin île commentaire. On eût pu croire que la Convention s’en tiendrait là. La loi du 23 avril la délivrait encore d’un nombre considérable de prêtres orthodoxes restés sur le territoire français; et la loi du 18 mars offrait une garantie certainement suffisante contre le retour des déportés. Mais la haine contre les prêtres est une de celles que rien ne peut assouvir. Par le décret du 17 septembre, la Convention trouva moyen de frapper de nouveau les exilés dans leur exil même. Ce décret étendait aux prêtres déportés les lois si rigoureuses, portées contre les émigrés. Ces prêtres déportés n’avaient cependant pas émigré volontairement ; une loi les avait forcés à se rendre dans l’exil.

Pour qu’aucune victime ne pût échapper, les districts et les départements furent chargés, dans la suite, de dresser ces lugubres et fatales listes des émigrés, que l’on ne peut parcourir sans une profonde émotion. Si le nom d'une personne était porté sur ces listes, ses propriétés étaient confisquées pour être vendues ou aliénées d’après les dispositions des lois relatives aux émigrés. C’est à ces listes que nous devons aujourd’hui de connaître les noms des confesseurs de la foi, dont l’évêché de Bâle s’honorera toujours à juste titre.

Le 5 et 6 mai 1793, relate l'ancien curé de Miécourt, M. Clémençon, 1 furent les jours environ que Messieurs les curés et autres prêtres de la Principauté, tant séculiers que réguliers, quittèrent absolument leur domicile dans la nouvelle France pour prévenir le coup fatal dont il étaient menacés, ou d’être enfermés ou de faire le serment civique. La publication du serment requis pour les prêtres ne se fit que huit jours après leur évasion du territoire chez les Suisses leurs voisins. Pendant cet espace de temps, il y eut encore deux prêtres non bénéficiers dans la vallée de Delémont qui terminèrent les processions des Rogations et y célébrèrent

1 Recueil précis de quelques faits principaux arrivés dans la vallée de Delémont et autres lieux au temps de la Révolution du pays, par un témoin oculaire. (M. Clémençon de Rossemaison, ancien curé de Miécourt, p. 17.)

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