‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 438 sur 612 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

„ C’est ce qu’on vit à Delémont, où l’on avait fait venir un nommé Père Jean- Baptiste, de Porrentruy, autrefois religieux à Lucelle, pour faire l’office et la procession de la Fête-Dieu. Il voulut y revenir le dimanche suivant, mais les femmes s’ameutèrent, s’armèrent de cailloux, de tridents, etc. et le poursuivirent à son entrée en ville, criant comme des possédées qu’elles allaient le massacrer. Il se sauva à toutes jambes; il ne revint plus et on ne vit plus en ville aucun autre prêtre jureur pour y fonctionner. Dans cette extrémité, le peuple vraiment catholique de notre pays n’eut plus d’autre ressource que d’aller aux saints jours ou à Courrendlin ou dans un autre village de la Prévôté ou à Bellelay ou à la Pierre ou à Bærschviller ou à la petite Lucelle, pour y entendre la messe et faire ses dévotions; quant aux malades, il fallut aller chercher des prêtres de nuit dans ces endroits pour leur administrer les derniers sacrements. On en trouvait aussi quelques-uns cachés dans les métairies qui rendaient ces bons offices. Quant aux enfants à baptiser, on les portait dans les endroits dont nous venons de parler, ou on les faisait baptiser par les prêtres cachés. On en usait de même pour le mariage. Quand les enfants étaient en âge de faire leur première communion, on les y préparait en particulier et lorsqu’ils étaient suffisamment instruits, on les conduisait dans un village suisse ou prévôtais ou chez des prêtres cachés qui les examinaient et les admettaient au même moment à la sainte table, s'ils les trouvaient suffisamment instruits. Ces prêtres cachés, pour ne pas s’exposer, étaient autorisés par Mgr l’évêque de resserrer les saintes hosties dans une armoire ou autre meuble des maisons où ils s’arrêtaient, sans aucune lumière auprès. Ils pouvaient aussi célébrer la messe sans ministrant.

„ Après le départ des prêtres, le peuple tant des villes que des villages, accoutumé d’aller à l’église aux saints jours, continua d’y aller deux fois par jour. On y récitait des cantiques ainsi que des vêpres. Il y avait même des paroisses où les chantres chantaient la grand’messe; des autres où les maîtres d’école faisaient publiquement le catéchisme en ces jours, lisaient dans quelques livres de piété. Il était sévèrement défendu de faire aucune cérémonie pieuse hors de l’église comme procession, etc. Quant aux enterrements, quatre hommes seulement portaient le mort que les parents suivaient sans bruit et sans aucune cérémonie. Dans la plupart des villages, le maître d’école et les chantres accompagnaient le mort en chantant ce qui est d’usage dans les enterrements . . . “ 1

A peine en fonctions, les autorités du Mont-Terrible mirent la main à la réforme générale que commandait la récente position de l’évêché de Bâle. Partie intégrante de la République française, le nouveau département devait accepter toutes les lois portées déjà par la Convention nationale. C’était la terreur faisant son entrée dans le Mont-Terrible. — Le 6 mai (1 793), le directoire du département ordonne au clergé la prestation du serment constitutionnel prescrit par la loi du 15 avril. Aussitôt, fidèles à leurs devoirs et à leur conscience qui repousse ce serment condamné par l’Église, le curé de Porrentruy, M. Brochard, plus de cent prêtres du pays, la plupart des professeurs du collège, prennent la route de l’exil.

Quelques jours après le départ de ces généreux confesseurs de la foi, le conseil général du Mont-Terrible (par un arrêté du 1er juin) ordonne de mettre immédiatement en état d’arrestation tous les aristocrates, tous les gens suspects, tous

1 Kætsehet, Hist. du pays de Porrentruy, t. II. p. 13.

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