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LE PILLAGE DES EGLISES

les prêtres n’ayant pas prêté le serment civicpie, les pères et mères, femmes et enfants des émigrés suspectés d’aristocratie, tous les citoyens n’ayant pas de certificat de civisme. Des visites domiciliaires devront être faites par les membres de la municipalité, accompagnés au moins de dix gardes-nationaux, chez tous les habitants des communes pour s’assurer s’ils ne recèlent pas des gens suspects. Ordre est donné aux propriétaires de faire afficher à l’extérieur de leurs maisons les noms, prénoms, âge et profession de tous les individus qui y résident, etc., etc.

Devant cet arrêt de proscription, les religieuses de Porrentruy quittent aussitôt leurs couvents. Déjà les capucins avaient cherché un refuge dans les maisons de leur ordre en Suisse. L’émigration s’augmente des anciens serviteurs du château, des parents et alliés des émigrés, et de tous ceux qui ne se croient plus en sûreté dans un pays envahi par la Révolution : près de mille trois cents Jurassiens sont forcés de s’expatrier.

Le 19 octobre, deux commissaires du Comité de salut public, Tirel et Jameth, envoyés par la Convention nationale, arrivent à Porrentruy pour activer la transformation de l’ancien évêché de Bâle. Ils ordonnent de faire immédiatement conduire à Belfort les cloches de la ville, pour de là être transférées à Strasbourg et être converties en canons. Celles des villages seront amenées à Porrentruy et remises aux autorités qui les feront parvenir à leur destination. Une seule doit être laissée à chaque commune pour l’usage du culte et le service des horloges.

La municipalité de Porrentruy essaie bien de faire quelques timides réclamations sur une spoliation qui prive la commune d’un de ses plus beaux ornements; l’ordre des commissaires ne souffre pas de délai ; vingt-cinq cloches, provenant des différentes églises de la ville, prennent le chemin de Strasbourg. Il ne resta à Porrentruy que la grande cloche fondue en 1763 et pesant quatre mille huit cents livres, et celle de la congrégation bourgeoise, à l’église du collège, dont les commissaires du salut public autorisèrent la conservation pour le service des fêtes républicaines.

Privées de leurs cloches et de leurs prêtres, les églises furent bien vite spoliées de tous les meubles et ornements qui pouvaient avoir quelque valeur et tenter la rapacité des spéculateurs républicains. Heureusement que dans presque toutes les communes il se trouva de courageux catholiques qui surent, au péril de leur vie, soustraire à la cupidité révolutionnaire les vases sacrés et les ornements de prix. A Porrentruy, le trésor de l’église paroissiale qui renfermait deux ostensoirs gothiques d'une grande valeur, une croix antique, une lampe en argent et plusieurs calices et ciboires de vermeil décorés d’émaux, échappa, grâce à de pieux larcins, aux recherches des agents de la République. On ne laissa entre leurs mains que quelques objets appartenant aux couvents de la ville et au collège qui avaient déjà été inventoriés et qu'il était impossible de faire disparaître.

La commune de Porrentruy essaya en vain, dans une assemblée qui se tint le 33 novembre 1793, de protester contre ces spoliations; elle déclara „ qu’elle voulait conserver le culte de la religion qu’elle avait professée jusque-là" ; elle chargea les membres de la municipalité de porter aux autorités constituées son vœu qui est „ qu’elle estime être maintenue dans le libre exercice de son culte". La direction du département, informée de- ces vœux de la population de Porrentruy, répondit à la municipalité en lui faisant le reproche „ d’alimenter le fanatisme par une assemblée où on avait décidé de conserver l’ancien culte". C’était une proscription officielle de la religion catholique.

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