TRANSLATION DES SAINTES RELIQUES
biens fonds, les meubles, les obligations, les denrées et généralement tout ce qui appartenait aux couvents; S° toutes les terres et obligations des confréries; 9° les cloches de toutes les églises, excepté une qu’on laissa pour la paroisse; 10° les fondations pour les anniversaires.
Cependant, ajoute le curé, témoin oculaire, le gouvernement français n’a pas tout attrapé. Car, 1° la plupart des communes de la campagne ont sauvé, pendant la nuit, les vases sacrés et les ornements les plus précieux de leurs églises, en faisant croire aux autorités qu’on les avait volés ou que leurs curés les avaient emportés dans les pays étrangers. 2° A l’arrivée des Français dans le pays, le collège de Porrentruy envoya en Suisse tous les ornements de son église, qui consistaient en plusieurs calices très précieux, en une monstrance très riche, en plusieurs chandeliers, lampes et encensoirs d’argent, en plusieurs ornements magnifiques, etc. 3° Quelques communes, quoique en petit nombre, eurent la précaution d’enfouir dans la terre une de leurs cloches, dès que la loi pour les enlever fut portée. 4° Le chapitre de Moutier-Grandval, à l’arrivée des Français, envoya en Suisse ses ornements les plus précieux, tels que six gros chandeliers d’argent, de la hauteur de cinq pieds, avec le Christ encore plus haut, un encensoir massif, un buste de S. Germain aussi en argent, son calice et plusieurs autres calices précieux ; trois chapes, une chasuble et deux dalmatiques très riches. Ces derniers ornements avaient coûté, peu d’années auparavant, plus de trois cent cinquante louis. En outre, ce même chapitre, ayant produit au gouvernement ses titres de bourgeoisie de Soleure, par conséquent de Suisse, obtint la faculté de faire enfermer dans la sacristie de Delémont, tous les autres ornements qu’on avait laissés dans cette ville. Il fit mettre sur la porte une inscription portant ces mots: Propriétés du chapitre de Moutier-Grandval compris dans la neutralité helvétique. Ce qui fut cause qu'on n’osa y toucher, parce que la France respectait alors la Suisse qui s’était déclarée neutre dans ce temps-là et s’appelait Helvétie. Par la même raison, ce chapitre conserva les fonds, maisons, meubles et tout ce qu’il avait à Delémont. Il eut même la faculté de faire mener à Courrendlin et à Moutier où il résidait, tous les effets des chanoines et des chapelains, ce qu’il avait laissé dans la sacristie de Delémont et les corps des Saints Germain et Randoald, qui furent placés des deux côtés du maître-autel de Courrendlin. La ville de Delémont peut avoir obligation à ce chapitre, en ce qu’elle a pu conserver quatre cloches qui appartenaient au susdit chapitre. 1
On apprit bientôt dans toute la prévôté catholique l’agréable nouvelle qu’on allait enfin transporter de Delémont les saintes reliques des Saints Germain et Pmndoald dans l’église de Courrendlin. Le jour marqué pour cet heureux transport fut le 13 février 1794. On chargea en pleurant ces saints corps sur un char qu'on conduisit contre Courrendlin, aux larmes et sanglots de tous les bons habitants de la ville qui se voyaient privés de ce précieux trésor. Arrivés sur le territoire neutre de la prévôté, tous les fidèles ont envie de voir ces précieux dépôts, témoignent leur profonde vénération envers les corps saints de leurs glorieux patrons, en chantant des hymnes et des cantiques d’allégresse jusqu’au terme où ils furent reçus par Messieurs les chanoines et chapelains du chapitre avec M. le curé du lieu et placés ensuite aux côtés du maître-autel.
1 Kætschet, Hist. du pays de Porrentruy, t. II. p. 3 et suiv. Évêques de Bâle *