‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 446 sur 612 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

A quelques jours de là, on apprit la mort du prince-évêque de Bâle. Mgr de Roggenbach ne s’était pas cru en sûreté à Bienne où la Révolution avait ses partisans et ses agitateurs. Il était parti le 3 décembre 1792, accompagné de deux conseillers et de trois domestiques, et s’était, réfugié à Constance sous la protection de l’empereur d’Allemagne. Tant d’événements douloureux avaient usé les forces du vénérable prélat. Il ne fit que languir pendant les deux ans qu’il vécut encore sur la terre d’exil. Sa faiblesse devint telle qu’il ne put même, malgré son désir, célébrer la messe. 1 Au rapport d’un témoin oculaire, dont nous empruntons les paroles, „ étant enfin arrivé à une extrême langueur et défaillance, il voulut recevoir les saints sacrements, ce qu’il fit encore bien à temps, à l’édification de tous les assistants, tant d’autres évêques réfugiés, que des laïcs présents à cette triste cérémonie. En attendant l’heure et le moment qu’il rendrait son âme à Dieu, il passa tous ces derniers jours dans les vifs transports de l’amour de Dieu, se résignant en tout à sa sainte volonté. La veille de sa mort, il fit assembler les gens de sa cour qui l’avaient suivi partout dans son exil et en dernier lieu à Constance ; il leur fit à tous les plus touchantes exhortations sur la caducité des honneurs et des biens de la terre, ne pouvant leur assez répéter combien il était consolant d’avoir vécu pour Dieu, lorsqu’on venait au lit de la mort, etc. Tous fondaient en larmes, tant ils étaient touchés des tendres paroles de leur bon père et maître ; enfin il recommanda surtout à ses officiers de ne pas exercer la vengeance au temps de leur retour contre ceux qui avaient été la cause de la perte de sa principauté, de leur pardonner tout, cela à l’exemple de Jésus-Christ qui pardonna à ses ennemis. Se sentant enfin arrivé au moment de son agonie, il pria les prêtres qui l’assistaient de célébrer encore la messe ce jour-là, ensuite de faire la recommandation de l’âme et qu’ils lui suggérassent ce qu’ils savaient de plus touchant de l’Écriture et des Pères pour exhorter à la mort. Il les encourageait par les signes qu’il donnait qu’il comprenait parfaitement tout ce qu'ils lui disaient pour le porter à accepter la mort avec résignation et le fortifier ensuite contre les horreurs du dernier passage.

„Ce vénérable prélat serrait encore la croix sur sa poitrine. On lui entendit prononcer ces beaux mots : Domine, speravi, non confundar in æternum . . . Ampl ius, Domine, Java me ... La dernière heure arrivée, le digne prince-évêque rendit son âme à son créateur, avec un visage doux et serein, à huit heures du matin, le premier dimanche de carême, qui était le 9 mars de l’an 1794, âgé de soixante-huit ans, en ayant régné onze. Son corps fut inhumé le surlendemain, le mardi de grand matin, dans l'église cathédrale de Constance, avec tous les honneurs dus à sa dignité." 2

Le 2 juin de la même année 1794, le Chapitre de Bâle, réuni dans la cathédrale de Fribourg en Brisgau, élut, à l’unanimité comme prince-évêque M. François Xavier de Neveu, qui administra immédiatement le diocèse.

1 Clémençon, op. cit., p. 41, 42. = 2 Lettre de M. Schumacher d’Offenbourg, manuscrit de M. Clé-

mençon, p. 45.

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