‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 449 sur 612 · PROFANATION ET PILLAGE DES EGLISES · texte numérisé non relu

PROFANATION ET PILLAGE DES EGLISES

La ville de Delémont seule fit venir quelquefois un des prêtres jureurs de Porrentruy. Le jureur, ayant bien aperçu qu’il était peu considéré, puisqu’un très petit nombre de patriotes assistait à sa messe, témoigna très amèrement son mécontentement aux municipaux de la ville, disant qu’il était étonné du peu d’empressement qu’il y avait dans cette ville, qu’il ne valait plus la peine qu’il y vint. Voilà ce qu’on attendait de lui à propos pour pouvoir s’en débarrasser plus tôt. Cette raison et la dépense qu’on faisait à cause de lui pour le recevoir, firent qu’on prit la résolution de lui signifier qu’on le remerciait de ses services et qu’on le priait de la part de la municipalité de ne plus venir à Delémont pour ses fonctions ecclésiastiques; qu’en cas de besoin, on en ferait venir un à la proximité de la ville qu’elle ne serait pas obligée de loger.

Les prêtres étrangers, à la proximité de la ville et autres communes de la vallée, recherchés pour fonctionner en cas de nécessité, de même que pour célébrer l’office des dimanches et fêtes, furent Messieurs Matthieu Clémençon de Rossemaison et Germain Perrinat de Courrendlin. Ils allaient, avec assez d’assurance, exercer leur ministère dans les paroisses jusqu’à la mauvaise époque arrivée à l’occasion des garçons du pays qui s’étaient enfuis à cause de la nouvelle milice que la nation française faisait lever dans le nouveau département du Mont-Terrible.

Il parut bientôt un autre décret du nouveau département qui défendait à tout prêtre de venir désormais fonctionner dans les églises de la nouvelle France. Un autre décret de la Convention nationale ordonna péremptoirement de prendre les cloches dans toutes les églises et chapelles à l’exception d 'une seulement qu’on accorderait à chaque église paroissiale, toutefois au choix des communes pour celle qu’elles préféreraient de garder. Le même ordre fut exécuté pour s’emparer de tous les vases sacrés et des autres ornements qui servaient au culte divin. Ainsi chaque commune dut emmener le tout au district de Delémont pour être ensuite conduit plus loin au milieu de la République, le plus précieux à Paris. Bientôt après, on fut menacé de nouveau d’abattre toutes les croix et autre signes de la religion. L’alarme fut générale. Il fallut obtempérer à la loi. Insensiblement, on ôtait les croix de crainte qu’on ne les profanât davantage et on les resserrait dans des lieux de sûreté jusqu’au temps de paix où on les pourrait redresser.

Il ne se passa pas six semaines sur la fin de 1793 et au commencement de 1794 que les impies se portèrent avec fureur dans les églises pour y consommer les dernières horreurs contre Dieu et la religion. A Porrentruy, ils pénétrèrent, armés de haches, pioches et autres instruments, dans l’église paroissiale et abattirent le tabernacle, le maître-autel et foulèrent aux pieds les vases sacrés, en vomissant les plus horribles blasphèmes contre la divinité de Jésus-Christ. La nuit vint à propos pour terminer leur scélératesse et leur sacrilège. Saignelégier, dans la Franche-Montagne, fut témoin des mêmes extravagances et après en avoir démoli les autels, renversé les croix et les images, ces malheureux esclaves de la liberté emmenèrent les restes sur la place publique, et les brûlèrent en chantant des chansons insolentes à l’entour du feu, au mépris de la religion. 1

Cependant des difficultés très grandes vinrent s’opposer de toutes parts à l’entrée en fonction des prêtres déportés. La plus grande difficulté était l’acte de soumission aux lois de la République, imposé par la loi du 1 1 prairial comme

Clémençon, op. cit., p. 38 et suiv.

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