CHAPITRE XXXIX
condition indispensable pour exercer le ministère. Les prêtres déportés différaient d’avis sur ce point. Les uns considéraient l’acte de soumission aux lois de la République comme une approbation implicite de toutes ces lois, de la loi du divorce, des lois qui avaient dépouillé l’Église et supprimé les ordres religieux, de la loi qui condamnait à mort les émigrés, etc. Les déportés qui étaient de cette opinion préférèrent rester dans l’exil que de blesser leur conscience ; ou, s’ils rentraient, ils n’offrirent que secrètement la sainte messe et administrèrent de même les sacrements. Les autres pensaient que l’acte de soumission aux lois de la République n’avait, à l’égard de ces lois, qu’une signification toute négative; il n’était question, suivant eux, que d'une soumission passive, qui se réduisait à ne pas troubler l’ordre public, et à ne pas provoquer un soulèvement à l’occasion de ces lois.
Au commencement de 1795, raconte M. Kætschet, curé de Courroux, la Convention nationale décréta que tous les cultes étaient libres. Comme ce décret ne parlait pas de serment, l’évêque de Râle s’empressa de demander à tous les prêtres de la prévôté de Mou lier, ainsi qu’à l’abbaye de Bellelay, de profiter de cette loi, pour desservir in divinis les paroisses des environs. Il y eut donc au commencement d’avril un prêtre du chapitre de Moutier à Bourrignon. Le curé de Delémont, M. Bloque qui était de Mervelier, et celui de Vicques qui était de Corban, retournèrent dans leurs paroisses. Un nommé Koller de Bourrignon qui venait d’obtenir une bourgeoisie suisse avec son frère desservit Pleigne, et son frère, Rœschenz. Les religieux de Bellelay desservirent leurs anciennes paroisses, Bassecourt, Boëcourt, Les Genevez et Lajoux. Quant aux autres paroisses du pays, elles restèrent encore sans desservants, excepté Gourtetelle dont le curé était de Rossemaison. La raison en est que les émigrés n'auraient encore osé rentrer en France. Les religieux de Bellelay, quoique en grand nombre, étaient nécessaires dans leur couvent, où il y avait toujours une affluence de monde pour les confessions, pour ainsi dire, du matin au soir. Les habitants des paroisses où il n’y avait pas de desservant, étaient obligés d’aller entendre la messe et de faire leurs dévotions dans les paroisses où il y en avait, ou de s’adresser à des prêtres cachés qui ne se montraient pas à tout le monde. Ceux qui étaient trop éloignés se contentaient de faire bien rarement leurs dévotions chez quelques-uns de ces desservants ou chez des prêtres cachés, de se faire marier par eux et de leur faire baptiser leurs enfants. Il leur était bien difficile de jamais entendre la messe, à moins d’aller ou dans la prévôté ou en Suisse, comme auparavant. De ce nombre étaient toute l’Ajoie, les bailliages allemands et la Montagne des Bois. On peut juger de là combien étaient fatigués ces nouveaux desservants, puisque toutes les paroisses voisines se jetaient chez eux aux saints jours. Les confessions commençaient à la pointe du jour et ne finissaient qu’à deux heures. Il s’y trouvait quelquefois jusqu’à sept enfants à baptiser ensemble. Ces desservants étaient obligés en outre de porter les derniers sacrements dans tout le voisinage jusqu’à deux lieues de loin. Us étaient même appelés dans les paroisses où il y avait des prêtres jureurs, parce que leurs paroissiens les avaient presque tous quittés pour s’adresser à ces desservants.
En automne de la même année, quelques émigrés, prêtres du pays rentrèrent dans leurs paroisses ou chez eux. Les uns avaient obtenu des actes de bourgeoisie en Suisse. D’autres s’étaient fait rayer de la liste des émigrés en payant une somme à ceux qui retenaient cette liste pour la faire réimprimer.
Quittances de sommes payées aux massacreurs de septembre.
En haut le recto, en bas le verso de chaque reçu. D’après les fac-similés publiés par M. Granier de Cassagnac dans son Histoire des Girondins et des massacres de septembre. — Vingt-deux autres bons semblables existaient aux archives de la préfecture de police avant l'incendie de 1871. Tous étaient délivrés par le comité civil des Quatre-Nations ou de l'Unité qui siégeait dans l'ancien réfectoire de l'Abbaye; tous portaient la date du 4 septembre 1792; tous étaient signés des commissaires Delaconté et Prévost.