TENTATIVE DE SCHISME EN ALSACE
Certes, si la foi de nos pères avait pu être ébranlée, elle l’eût été par cette nouvelle persécution. Ils venaient à peine de saluer avec tant de joie le retour de leurs prêtres, et ils les voyaient si tôt reprendre le chemin de l’exil plus douloureusement que la première fois ! Ils commençaient à se consoler de toutes leurs angoisses, et celles-ci se renouvelaient tout d’un coup, plus vives que jamais. Il y eut un moment où les catholiques parurent en moins grand nombre aux prières publiques; mais la constance de nos pères ne fléchit point: ils se retrouvèrent bientôt tous dans leurs églises nues et désolées; ils continuèrent les pratiques du culte catholique, autant qu’il était en eux; ils présentèrent même leurs défunts devant l'autel abandonné, avant de les porter au cimetière. On avait permis de sonner les cloches restées dans quelques églises, pour indiquer les heures de travail; nos populations attachèrent au signal de la cloche son ancienne signification: pour elles, la cloche annonçait toujours l’ Angélus.
Où étaient les prêtres constitutionnels pendant que le clergé fidèle remplissait les prisons et allait en exil? Quelques-uns avaient lâchement apostasié pendant la Terreur; d’autres avaient spontanément cessé toutes leurs fonctions ecclésiastiques pour ne plus les reprendre; plusieurs cependant se prirent à officier de nouveau quand la Convention eut permis la réouverture des églises, mais ils étaient sans chef et complètement désorganisés : Arbogaste Martin était mort, et Brendel ne donnait plus signe de vie. Du reste, la Constitution civile étant abolie, les constitutionnels ne représentaient plus rien. Le peuple les avait repoussés; en l’absence de prêtres orthodoxes, il priait tout seul. Sans salaire et presque sans adeptes, la situation des jureurs était devenue très critique.
„Le démon du schisme suscita, pour les en tirer, un homme d’une singulière puissance d’esprit, qui fut vraiment le pape de l’Église constitutionnelle, et qui contribua plus que personne à la faire vivre jusqu’au concordat. Cet homme était Grégoire, évêque intrus de Loir-et-Cher et membre de la Convention, janséniste opiniâtre et républicain ardent, qui devait pourtant, comme beaucoup d’autres jacobins, devenir comte de l’empire et sénateur. Grégoire s’associa, à titre de conseillers ou assesseurs, deux évêques constitutionnels, Saurine et Royer, membres de la Convention comme lui, et deux autres membres du même épiscopat bâtard, Gratien et Desbois." 1 Assurés de la bienveillance du gouvernement révolutionnaire, ces cinq hommes résolurent de relever le schisme. Sans mission du côté de l’Église qui les avait excommuniés; du côté de l’État qui les avait abandonnés à eux-mêmes; du côté du peuple qui les avait hautement rejetés, ils se donnèrent leur mission à eux-mêmes. N’osant s’appeler un concile, ils prirent le titre modeste d 'évêques réunis , et adressèrent, le 15 mars 1795, une lettre encyclique , datée de Paris, aux autres évêques et aux églises vacantes. Ils proclamèrent hardiment qu’ils maintenaient les métropoles et les diocèses créés par la constitution civile; - — qu’ils conservaient provisoirement la distribution existante des paroisses; — qu’ils présenteraient prochainement un mode d’élection pour pourvoir aux cures et aux évêchés vacants ; enfin, que les évêchés vacants devaient être gouvernés et administrés par les presbytères.
Par presbytère les réunis entendaient le conseil de l’évêque, composé des curés de sa ville épiscopale et des prêtres employés par l’évêque pour le gouvernement
1 Sauzay, t. VII. p. 230.