CHAPITRE XXXIX
Six docteurs obscurs de l’université de Fribourg en Brisgau émirent, le 20 mars 1798, à la demande du curé schismatique de Neuf-Brisacli, B. Eggerlé, un avis favorable à l’église de Berdolet et à la validité des sacrements administrés par ses prêtres. 1 L’avis des docteurs de Fribourg, avec lequel le schisme essaya de faire du bruit, errait sur le véritable état de la question, et s’appuyait sur des faits et des principes également faux. Deux réponses remarquables, 2 l’une d’un docteur en Sorbonne et l’autre d’un théologien d’Alsace, eurent facilement raison du factum de Fribourg.
Il suffit d’un signe de la main du pouvoir civil pour mettre fin au schisme de Grégoire et de Berdolet. Le pouvoir civil avait fait naître ce schisme ; le pouvoir civil lui dit un jour de cesser d’être, et il disparut de la scène. Berdolet survécut cà son schisme. Il fut l’un des douze évêques constitutionnels qui, après le concordat, furent compris dans les nominations de l’État, contrairement aux engagements pris envers le Saint-Siège. Il devint évêque d’Aix-la-Chapelle. Il se qualifiait dans ses mandements, évêque du Haut- et Bas-Rhin et du Mont-Terrible.
Le peuple catholique du diocèse de Bâle ne fut jamais abandonné entièrement à lui-même, ni en face de la persécution, ni en face des intrigues du schisme. Depuis la loi sur la déportation des prêtres jusqu’au retour définitif des exilés, des prêtres dévoués consentirent, pour servir l’Église et pour sauver les âmes, à mener plusieurs années de suite une vie semblable à celle des chrétiens réfugiés dans les catacombes. Ils restèrent dans le pays, cachés, mais non ignorés, ou ils y revinrent, après l’avoir quitté quelque temps. Ils administraient en secret les sacrements ; ils guidaient, instruisaient et encourageaient les fidèles. Au commencement, leur action était individuelle; mais bientôt ils communiquèrent entre eux, et leur apostolat d’un genre nouveau fut complètement organisé. Les évêques, après avoir consulté Rome, leur tracèrent une ligne de conduite bien déterminée, et étendirent les limites de leur juridiction. Tout était prévu dans les instructions des évêques aux missionnaires, et ceux-ci, dans les difficiles circonstances où ils étaient placés, ne se trouvaient jamais dépourvus ni des conseils nécessaires, ni des pouvoirs requis.
On a publié dans différents recueils les instructions que les évêques de France donnèrent aux prêtres missionnaires. Elles étaient presque partout les mêmes; les évêques exilés en Allemagne et en Suisse les avaient arrêtées de concert. On les trouve complètes et tracées avec beaucoup de soin dans une remarquable circulaire de l’évêque de Bâle aux prêtres-missionnaires de la Haute-Alsace. La lettre circulaire, écrite en langue latine, est datée de Constance, le 24 juillet 1795 ; une note fait observer que les règles de conduite qu’elle prescrit, ont obtenu l’approbation des évêques réunis à Constance et à Fribourg.
Les pouvoirs extraordinaires accordés aux missionnaires du Haut-Rhin par l’évêque de Bâle étaient ceux que l’Église accorde habituellement en temps de persécution. Ils étaient extrêmement étendus. On réservait cependant à des
1 Les six docteurs furent: Ferdinand Wanker, Charles Schwartz, Joseph Léonard Hug, Engelbert Kiüpfel, Joseph Schintzinger et Joseph Petzeck. C'est à ce dernier que s’était adressé Eggerlé, pour faire
décider des questions depuis longtemps résolues par Rome et par les évêques légitimes. = 2 Epistola doctoris sacras Parisiensis facultatis ad doctores facultatis theologicæ Friburgensis (par M. de Mayneaud de Pansemont, plus tard évêque de Vannes). — Epistola ad illustrissimum D. D. Episcopum qua confutntur libellas cui titulus: Responsum facultatis Friburgensis. — Les deux écrits furent traduits en français et en allemand,