‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 456 sur 612 · HEROÏSME DU CLERGE PERSECUTE · texte numérisé non relu

HEROÏSME DU CLERGE PERSECUTE

commissaires spéciaux certaines facultés plus importantes, telles que, par exemple, la faculté de dispenser de certains empêchements de mariage. Ces commissaires étaient assez nombreux, pour se trouver toujours à la portée des missionnaires. On recommandait aussi aux missionnaires de former des catéchistes instruits et prudents, qui fussent à même de prémunir les fidèles contre les erreurs les plus répandues et de préparer les enfants à la première communion. Les catéchistes connaissaient le lieu de retraite du missionnaire; ils entretenaient avec lui des rapports très fréquents, le renseignaient sur la situation des paroisses, lui amenaient des pécheurs repentants, l’appelaient au lit de souffrance des malades. Ils lui indiquaient toujours le moment propice, où il pouvait reparaître avec quelque sécurité au milieu de ceux qui lui étaient confiés. Alors, dans l’endroit le plus reculé de la maison la plus sûre, souvent dans une grange ou sur un grenier, on faisait rapidement des préparatifs pour la réception du missionnaire; et là, dans le secret le plus absolu que les plus jeunes enfants eux-mêmes savaient garder, entre la joie de revoir le représentant du Dieu de l’espérance et la crainte continuelle d’être surpris par les sicaires de la Révolution, s’offrait le sacrifice de nos autels, était bénie une union, avait lieu une première communion, étaient baptisés les nouveaux-nés. Il était touchant autrefois d’entendre les vieillards parler de ces assemblées si pleines d’émotions. Avec quel religieux respect ils prononçaient le nom du missionnaire qui. dans une chambre transformée en chapelle, avait reçu leur première confession ! Us ne pouvaient retenir leurs larmes en rappelant le souvenir des larmes qu’ils avaient vu couler pendant la messe du missionnaire.

Les missionnaires pouvaient offrir la sainte messe dès trois heures du matin, et même plus tôt. Gomme presque tous les calices des églises avaient été enlevés, il leur était permis de se servir de calices non dorés. Ils pouvaient conserver leur autel portatif, même lorsque celui-ci s’était brisé, ou qu’il avait perdu ses saintes reliques. Pendant leur messe, une image peinte du Christ pouvait tenir lieu de crucifix, et une humble lampe remplaçait quelquefois les cierges liturgiques. Us avaient la faculté de célébrer sans l’assistance d’un servant. — L’Église, en un mot, acccordait aux missionnaires toutes les dispenses possibles, pour leur procurer à eux-mêmes et au peuple fidèle les consolations de l’auguste sacrifice.

Les missionnaires conservaient toujours le Saint-Sacrement au lieu de leur retraite. Ils le portaient très souvent sur eux dans leurs excursions. Comme aux siècles des martyrs, ils étaient autorisés à se communier eux-mêmes, hors de la sainte messe, en cas de danger. On voyait parfois dans le sentier le moins fréquenté qui traversait les champs d’un village un paysan plus soucieux que le paysan ne l'est de coutume. U donnait peu d’attention aux champs et à la campagne; il semblait même ne point regarder les hommes qu’il rencontrait. II marchait d’un pas grave ; et quoiqu’il n’y eût rien de précipité dans sa marche, on pouvait s’apercevoir qu’il avait hâte d’arriver à son but. Ce paysan était un prêtre, un missionnaire déguisé, qui portait le saint viatique à un mourant. Au village, parmi les passants, beaucoup le connaissaient, l’aimaient, le vénéraient, savaient même qu’il portait sur lui le Saint -Sacrement : ils eussent voulu se jeter à genoux ; mais le moindre geste pouvait être une révélation. Le cœur navré, ils passaient devant le prêtre comme devant un inconnu, et ils adoraient le Dieu de l’Eucharistie dans le secret de leur cœur. Lorsque le danger du malade n’était pas pressant, les visites du missionnaire se faisaient ordinairement dans la

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