CHAPITRE XXXIX
nuit. On choisissait de préférence les nuits les plus noires et une heure très avancée, la messe devant se dire vers trois heures du matin. Le missionnaire était accompagné par son catéchiste ou par un membre de la famille qui réclamait son secours.
Une autre nouvelle, raconte l’abbé Clémençon (p. 52), vint alarmer une petite partie du diocèse de Bâle, ce fut l'arrivée des troupes françaises dans la prévôté de Moutier-Grandval comprise néanmoins dans la neutralité helvétique. C’était un grand refuge pour la vallée de Delémont, pour l’Ajoie, de même que pour une partie de l’Alsace, à cause des secours spirituels qu’ils trouvaient d’abord en sortant des frontières où ils pouvaient assister à la sainte messe et recevoir les saints sacrements de l'Eglise, de même entendre la parole de Dieu dans les paroisses voisines. Mais par la visite de ces garnisaires français tous ces avantages furent enlevés. Ce fut le 13 décembre 1797, à dix heures du matin, que parurent deux bataillons de troupes armées avec artillerie et cavalerie, pour occuper tout ce petit pays qui était demeuré fidèle au prince-évêque de même qu’au chapitre de Moutier, représenté par un conseil provisoire qui siégeait à Moutier pour gérer les affaires.
Mais la proclamation des généraux français au nom du directoire de Paris, combla son malheur et prononça formellement la déchéance du prince-évêque. Le Conseil et le Chapitre des chanoines, sans aucune indemnité, furent obligés de se sauver et de se réfugier à Soleure avec un petit butin de meubles et de vivres nécessaires; il encouragea admirablement tous les prêtres qui l’approchaient à courir au secours des âmes affligées dans la principauté comme en Alsace. Ces bons prêtres missionnaires, animés du même zèle que le prince-évêque, pénétraient partout dans les villes, comme dans les villages, s’exposaient à tout pour administrer les sacrements aux malades, préserver les autres contre la contagion des malheureux jacobins. Ainsi travaillaient ces zélés ouvriers évangéliques, dans toutes les contrées, de concert intime avec le premier pasteur, jusqu’au moment où son diocèse fut réuni à celui de Strasbourg, par un concordat entre la Cour de Rome et le gouvernement français, à dessein de rétablir la paix dans l’Église de France. 1
Les commissaires français se contentèrent d’interdire aux curés de la prévôté, les fonctions publiques de leur ministère, sans leur imposer de serment ni confisquer leurs biens et ceux des églises. 2 La prévôté fut réunie au département du Haut-Rhin séant à Colmar. La loi du 7 fructidor, laquelle déclara abrogées les lois qui prononçaient la déportation ou la réclusion contre les ecclésiastiques, ainsi que les lois qui assimilaient les prêtres déportés aux émigrés fut publiée. La justice allait-elle enfin triompher? La liberté allait-elle cesser d’être un vain mot, employé pour masquer le despotisme le plus inique ? Le vœu de l’immense majorité du peuple allait-il être rempli ? Non. La Révolution fera, au contraire, un suprême effort de persécution. Le 1 8 fructidor, onze jours à peine après la loi du 7 fructidor, intervint le coup d’état terroriste des directeurs Barras, Pœbwell, Laréveillère, et de leurs complices jacobins. Le 19 fructidor, les opérations des assemblées primaires, communales et électorales de quarante-neuf départements, parmi lesquels se trouvaient compris les deux départements du Rhin, étaient déclarées illégitimes et milles ; la loi du 7 fructidor était révoquée ; au lieu de la simple déclaration de soumission aux lois, les ministres du culte étaient tenus de prêter le serment de
1 Clémençon, op. cit., p. 50 et suiv. = 2 Ibid., p. 54.