LES DERNIERES VIOLENCES DES JACOBINS
haine à la royauté. L’évêque de Strasbourg et l’évêque de Bâle rejetèrent également le serinent de haine à la royauté et l’interdirent à leurs prêtres.
Les lois qui prononçaient la peine de déportation ou de réclusion et celles qui assimilaient les déportés aux émigrés étaient donc ressuscitées. La situation du petit nombre des prêtres orthodoxes qui n’appartenaient ni à la classe des déportés, ni à celle des reclus, était rendue plus difficile par le serment de haine à la royauté. Mais ce qu’il y avait de plus inhumain dans cetle nouvelle levée de boucliers contre les prêtres fidèles, ce n’était pas de les avoir forcés de nouveau à s’exiler, mais de les avoir poursuivis et pourchassés jusque dans l’exil. Le chargé d'affaires de la République française en Suisse, Bâcher, dut exiger l’expulsion des déportés du territoire suisse. Il s’acquitta de sa mission le 25 novembre 1 797, et demanda que les prêtres français ne fussent plus tolérés sous aucun prétexte sur le territoire helvétique. „I1 m’est en même temps prescrit, écrivit Bâcher au louable corps helvétique, d’attirer votre attention et votre sollicitude sur ce que des prêtres rebelles aux lois de leur pays n’ont pas seulement trouvé en Suisse un asile et des secours, mais que des ci-devant chapelles des anciennes abbayes leur ont même été ouvertes dans le pays de Vaud et ailleurs, pour y célébrer leurs offices, ce qui n’a pu être pour eux qu'un moyen d’entretenir le fanatisme dans les départements limitrophes. “ 1
Bâcher invite en même temps le général Millier, commandant de la division militaire à Besançon, à prendre des dispositions pour parer aux conséquences de l’expulsion des déportés: „J’ai l’honneur de vous adresser copie de la lettre cpie je viens d’écrire au corps helvétique pour le requérir de renvoyer les émigrés et tous les prêtres réfractaires du territoire des treize cantons et états coalisés. Connue on va faire -une battue générale dans toute la Suisse, il devient urgent que vous renforciez le cordon le long de la frontière du Mont-Terrible, du Doubs et du Jura, sans quoi vous verrez les prêtres réfractaires, semblables à une nuée de corbeaux, refluer vers ces départements, où le fanatisme a conservé de nombreux partisans. “ 2 La mesure réclamée par Bâcher atteignit d’une manière douloureuse les nombreux exilés du Haut-Rhin, presque tous retirés en Suisse. Chassés de canton en canton, ils s’en allaient errants et fugitifs par toutes les routes de l'Europe centrale, demandant un asile: ici, au nom des saintes lois de l’hospitalité; là, au nom de l’Eglise pour laquelle ils souffraient. Il y eut, néanmoins, toujours des prêtres alsaciens en Suisse, malgré la battue annoncée par Bâcher.
En France, la persécution de l'Église devait atteindre ses dernières limites après les élections de 1798, les plus révoltantes peut-être des annales électorales. La loi du 19 fructidor écartait de toute assemblée primaire et électorale le citoyen qui n’avait pas prêté, devant l’assemblée et entre les mains du président, le serment individuel de haine à la royauté et à l’anarchie, de fidélité et attachement à la République et à la constitution de l’an III. Une loi du 16 février décréta, en outre, ce qui suit: „ Chaque votant écrira son bulletin d’élection sur le bureau, et s’il ne sait pas écrire, un des membres du bureau écrira le bulletin sous la dictée du votant et sous l’inspection des autres membres du bureau." On n’a aucune peine à deviner ce qu’un semblable mode électoral dut produire. Les jacobins étaient à peu près les seuls électeurs ; les jacobins furent aussi, en conséquence, à peu près les seuls élus.
Ap. Sauzay, t. IX, p. 1 1 G. = 2 Ibidem.