LE MARTYRE DE L’ABBE BOGHELE
Il est dit que ceux qui seront pris après ce délai seront passibles de la peine de mort. — Le 2 décembre, la Nation reprend la cathédrale aux bourgeois catholiques de Colmar. Ils sont forcés de déménager les autels, les stalles et les bancs qu’ils ont fait faire en 1795, lorsqu’on leur permit de faire leur prière en commun. Le 24 juillet 1798, un ecclésiastique est fusillé à Colmar, dans la gravière, près du magasin à fourrages."
L’abbé Jean Bochelé, né à Illfurth, près d’Altkirch, était vicaire à Seppois-le- Bas avant la Révolution. Sa profonde humilité seule le retenait à cet humble poste. Il refusa le serment. Il passa à plusieurs reprises la frontière suisse, soit pour obéir aux prières instantes des siens, soit pour donner le change à ceux qui voulaient s’emparer de lui. Il ne séjourna jamais longtemps à l’étranger: il avait toujours hâte de rentrer pour se livrer au plus périlleux apostolat dans le Sundgau. Il s’était aussi éloigné après le 18 fructidor, mais cette nouvelle absence n’avait pas duré plus longtemps que les autres: quoique le danger fût devenu plus grand, l’intrépide jeune prêtre se dévoua plus que jamais au service des âmes à Seppois et dans les paroisses voisines, vers la fin de l’année 1797 et dans la première moitié de l’année 1798. Il put lire au mois de juillet 1798, dans les communes du Sundgau, les affiches qui promettaient cent francs â quiconque le dénoncerait, lui ou tout autre prêtre fidèle. Il n’en fut pas ému: il avait été souvent dénoncé, souvent découvert et souvent poursuivi, sans pouvoir être atteint. Une nuit qu'il se trouvait caché dans la maison d’un paysan, à l’insu même de celui-ci, sa présence fut trahie, et la maison fut cernée ; Bochelé, troublé la première fois en pareille circonstance, comme il l’écrivit lui-même à ses parents, ne sut pas trouver le moyen de fuir, et tomba entre les mains de ses ennemis. Quelques coups de sabre qui le blessèrent, avertirent aussitôt le confesseur de la foi du sort qui l’attendait.
Bochelé fut dirigé sur Colmar, avec une escorte de vingt-cinq soldats: on craignait que le peuple, qui vénérait le jeune prêtre comme un saint, ne se soulevât et ne délivrât le prisonnier. A Colmar, Bochelé eut le bonheur de trouver dans la prison un autre prêtre arrêté pour la même cause: ils témoignèrent tous les deux une grande joie d’avoir été jugés dignes de souffrir pour la foi. Malheureusement, ils ne purent se soutenir longtemps l'un l'autre, car Bochelé était gardé à vue.
Un arrêté du département traduisit le vicaire de Seppois devant le tribunal criminel, et de là il dut passer devant la commission militaire. Ce n’était plus le tribunal révolutionnaire d’autrefois qui envoyait les confesseurs de la foi à la mort, c’était maintenant la commission militaire. Le procédé des nouveaux juges était tout aussi expéditif que celui des anciens : il n’y avait de différence que dans le mode d’exécuter la sentence: le tribunal révolutionnaire livrait ses victimes à la guillotine; la commission militaire faisait fusiller les condamnés. „ Malheur à celui qui songerait à redresser les échafauds ! “ s’était écrié Boulay de la Meurthe, le lendemain du 18 fructidor.
Le matin du jour de son jugement définitif, à cinq heures, avant l’arrivée de son gardien, Bochelé eut, comme deux autres martyrs d’Alsace, le bonheur d’offrir secrètement le saint sacrifice dans la prison. La commission militaire, invoquant la loi du 19 fructidor et celle du 3 brumaire, prononça la peine capitale. Le martyr apprit sa sentence à une heure et demie. „ Bonne nouvelle! s’écria-t-il; je suis condamné à mort; j’en bénis Dieu, qui accepte mon sacrifice." — Il ne songea
Évêques de Bâle * 32