‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 462 sur 612 · LES DEPORTES A LA GUYANE · texte numérisé non relu

LES DEPORTES A LA GUYANE

le rétablissement public de la religion ; il s’offrait lui-même en holocauste pour son pays; il demandait pardon pour ceux qui le mettaient à mort; il conjurait ceux qui avaient trahi l'Église de rentrer dans son sein ; il faisait l’appel le plus touchant aux prêtres schismatiques. „Ayez pitié de vous-mêmes, leur disait-il; l’Église, notre mère, vous tend les bras. Allez aux prêtres restés fidèles : ils ne sont pas vos ennemis . . . “ 1

La famille de l’abbé Bochelé conserve une lettre d’adieux aux parents du martyr, remise sans doute, par celui-ci, à son frère Antoine, dans la prison de Colmar. „Mes très chers parents, ne vous affligez pas; réjouissez-vous plutôt. Mourir pour Jésus-Christ et pour la vraie religion, c’est la voie infaillible pour aller au ciel, et par conséquent le plus grand bonheur du monde. Pardonnez-moi, si je vous ai jamais offensés dans ma vie. Je vous remercie pour tous vos soins et tous vos bienfaits. J’espère, avec la plus grande confiance, me trouver bientôt auprès de notre Sauveur; je prierai alors pour vous plus ardemment que sur la terre. Je prierai pour tous mes bienfaiteurs et aussi pour mes ennemis, ou plutôt pour ceux de mes amis qui me procurent le bonheur d’aller au ciel. C’est de tout mon cœur que je dis à Dieu: Père, pardonnez-leur; car ils ne savent pas ce qu’ils font . . . N’accusez personne à l'occasion de ma mort; j’en suis seul coupable. Dieu a voulu qu'il en fût, ainsi. J’avais toujours trouvé conseil au moment du danger; lorsque je fus arrêté, pour la première fois je ne sus que faire. J’ai reconnu plus tard qu’il m’eût été facile de m'évader . . . Puisse Dieu recevoir ma mort en union avec celle du Sauveur! Ab ! quel bonheur d’avoir une bonne conscience ! Il vaut mieux mourir sans péché que de vivre étant dans le péché . . . Saluez une dernière fois ma sœur qui est à Baden (en Suisse); saluez tous mes parents; n’oubliez pas les enfants qui n’ont pas encore fait la première communion" . . .

En présence de pareils exemples de fidélité à Dieu et à l’Église, la constance du peuple catholique fut étonnamment raffermie. Le sang de l’abbé Bochelé fut le dernier qui coula en Alsace en haine de la religion, mais le martyr de la gravière de Colmar ne fut pas le dernier qui mourut pour la foi. Il nous reste à parler d’autres victimes dont la mort fut moins violente sans avoir été moins cruelle.

La chasse continuelle aux prêtres amena l’arrestation de beaucoup d’ecclésiastiques, que des juges plus humains que ceux de l’abbé Bochelé purent soustraire à la condamnation à mort, ou qui n’étaient point passibles de la peine capitale, parce qu'ils ne pouvaient être classés parmi les émigrés. Ces prêtres furent condamnés à être transportés à la Guyane, une peine que la Convention avait inventée, mais que le Directoire a mise plus particulièrement en pratique. „I1 suffisait, dit M. Jules Sauzay, de déplaire à quelque obscur et vindicatif commissaire de village pour être puni de cet exil qui équivalait à la mort. “

Quel drame lugubre que l’histoire d'un convoi de prêtres condamnés à être déportés à la Guyane ! Ils allaient de cachot en cachot depuis leur lieu de condamnation jusqu’à R.ocheforL Un déporté du diocèse de Besançon, l’abbé Courtot, décrit ainsi les épreuves qui les attendaient à rembarquement. „Le 1er août 1798, dit l’abbé Courtot, fut le jour fixé pour notre embarquement. A huit heures du matin nous l’ignorions encore, et à dix heures nous étions sur les gabares préparées pour

1 Nous avons emprunté les principaux détails sur le procès et la mort de l’abbé Bochelé à une relation authentique de son martyre, écrite pendant la Révolution et publiée par un recueil qui nous a été d’un grand secours, le „Katholisches Kirchen- und Schulblatt“, an. 1856, p. 234.

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