CHAPITRE XL
mois, par les autorités civiles que le gouvernement n’était pas contraire à leur rentrée, et qu’il favoriserait la religion catholique, ils se hasardèrent de revenir et de se présenter à leurs sous-préfets respectifs qui les reçurent favorablement, moyennant la soumission que tous crurent pouvoir faire, vu que le gouvernement n’était plus contraire à la religion. — En conséquence, ils s’assemblèrent dans les deux arrondissements. Ceux de la vallée de Delémont s’assemblèrent à l’auberge du Cheval blanc à Courrendlin, où, après avoir invoqué le Saint-Esprit, on délibéra sur cette importante affaire et on trouva qu’on pouvait faire la soumission exigée moyennant en donner avis au plus tôt à Mgr l’évéque. La réponse de Son Altesse nous fut favorable. — Dès que les prêtres assemblés à Courrendlin eurent résolu de faire la soumission exigée, on le manda par un exprès à M. le sous-préfet Holtz qui se hâta de se rendre à Courrendlin, accompagné de M. Moreau législateur. Il nous demanda si nous étions disposés d’obéir aux lois du gouvernement. Sur notre réponse affirmative, il nous assura que nous pourrions rester en toute sûreté en France et fonctionner.
Dès que cette nouvelle fut répandue, les paroissiens allèrent redemander leurs curés ou écrivirent à ceux qui n’étaient pas encore arrivés et étaient trop éloignés. Les paroisses dont les curés étaient morts ou avaient prêté le serment, s’adressèrent à d’autres prêtres, qui, autorisés par M. le doyen, acceptèrent l’administration de ces endroits, en sorte que le dimanche suivant, 12 octobre 1801, on fit l’office divin dans presque toute la vallée de Delémont. Peu de temps après, on en fit autant en Ajoie et dans tout le pays. Les curés qui étaient encore dans les pays étrangers arrivèrent successivement. On leur fit un traitement de cinq cents livres de France. Cependant il ne fut pas encore permis de sonner pour aucun office, ni de faire aucune fonction hors des églises et des cimetières, à l’entrée desquels on allait recevoir les morts. Les processions se faisaient dans les cimetières, où à la Fête-Dieu on dressait un autel, pour faire quatre reposoirs, avec les trois de l’église. On portait les sacrements sous les habits, sans lumière et sans bruit. Il ne fut pas encore permis de s’habiller en noir. 1
Après la conclusion du concordat, Pie VII invita tous les archevêques et évêques de France à donner entre ses mains purement et simplement, sans apporter aucune restriction, leur démission des évêchés respectifs qu’ils occupaient. Mgr le prince-évêque François Xavier fut un de ceux qui s’y prêta de meilleure grâce pour la partie de son diocèse en Alsace (territoire français), puisque le pape l’ordonnait ainsi pour ramener une paix solide dans l’église de France. Ce fut donc vers le mois de février 1802 que fut terminée la nouvelle organisation, et incontinent après, les évêchés furent pourvus de nouveaux évêques. L’évêché de Bâle fut réuni à celui de Strasbourg à qui on donna pour évêque le citoyen Jean Pierre Saurine, ancien évêque constitutionnel qui occupa le siège épiscopal neuf ans, étant décédé à Soultz d’une mort subite, âgé de soixante dix-neuf ans. 2
L’évêque de Bâle, Mgr de Neveu, donna aussi sa démission de la partie de son évêché située dans le pays de Porrentruy. Il ne lui resta plus que quelques paroisses dans le canton de Soleure qui furent gouvernées par M. de Mailler, vicaire général, résidant â Arlesheim, et par M. Tschan, official et curé à Dornach. Ces deux parties du diocèse de Bâle dont nous venons de parler, ayant-été incorporées au diocèse de Strasbourg, il fallut s’adresser à Mgr Saurine, évêque de
1 Kætschet, op. oit., p. 88. — 2 Clémençon, op. cit., p. 54,
REINSTALLATION DES CURES
Strasbourg. M. Sigismond Moreau, raconte l’abbé Kætschet curé de Courroux, lui recommanda les prêtres de la vallée de Delémont. M. Saurine déféra à sa demande, au point qu’il lui laissa le choix de tous, pourvu qu’il s’associât pour cet effet un ecclésiastique âgé, prudent et éclairé. M. Moreau qui était alors à Paris, au corps législatif, se rendit de suite à Delémont, où il manda M. Baur, curé à Mervelier et ci-devant supérieur du séminaire de Porrentruy. Ces deux Messieurs employèrent trois jours à cette importante affaire. Ils prirent pour principes, 1° d’éloigner tous les jureurs de ces places; 3° de ne déplacer personne.
Ce qu’on avait fait à Delémont pour la vallée et les bailliages allemands, se fit à Porrentruy pour l’Ajoie, la prévôté de Saint-Ursanne et la Montagne des Bois. Ce fut M. Cuenin, ex-principal et professeur du collège, avec un autre ecclésiastique, qui fut chargé de cette besogne. Le travail fut envoyé de suite à Mgr l’évêque, qui nomma aux cures et succursales du pays tous ceux qui avaient été désignés dans ces deux comités.
Toutes les désignations étant faites, on en donna avis à tous les ecclésiastiques nommés. Chacun dut, par ordre du gouvernement, aller recevoir sa nomination, en prêtant préalablement serment par devant un représentant du gouvernement. Voici comment se fit cette cérémonie dans chaque arrondissement. Tous les desservants se rendirent en surplis à l’église. Un d’entre eux se mit à leur tête en chape pour aller en ordre recevoir â la porte de l’église, M. le souspréfet. qui arriva au chœur, se plaça sous un baldaquin qui lui avait étç préparé. On chanta la messe du Saint-Esprit, pendant laquelle il y eut sermon. Après la messe, chacun dut se mettre à genoux devant le sous-préfet, et lire individuellement une formule de serment qu’on lui présenta. 11 fallut en même temps mettre la main droite sur le livre des évangiles.
Dans notre pays, il n’y a eu que des cures de seconde classe et des succursales. Les cures de seconde classe étaient celles de Porrentruy, Delémont, Saint-Ursanne, Laufon, Saignelégier et Courrendlin. Jusqu’alors le gouvernement n’avait encore salarié aucun ministre du culte. Ce fut au commencement de 1803 que les curés furent payés pour la première fois. Le préfet de Colmar ordonna à toutes les paroisses de faire à leurs desservants un supplément de trois cents francs. 1
Après la nomination du premier consul Bonaparte comme empereur, le 18 mai 1804, toutes les personnes en place, tant séculières qu’ecclésiastiques, furent mandées pour prêter serment de fidélité à l’empereur. Cette prestation se fit entre les mains des sous-préfets sans cérémonies. On avait dressé une table dans la nef de l’église, à laquelle le sous-préfet était assis et présentait à chacun la formule de serment. Personne, ajoute M. Kætschet, n’était obligé d’y paraître avec le costume de son état. 2
Le prince de Neveu était encore â Passau en 1801: c’est de cette ville (6 janvier) qu’il date son mandement de carême (pii renferme des prescriptions identiques à celles des autres années. M. Didner est toujours provicaire général et official. En 1803, l’évêque de Bâle estàRheinfelden, d’où il date son mandemenl de carême (16 janvier 1803). Il fixe sa demeure dans cette ville: ses lettres pastorales de 1803 (10 janvier), de 1804 (5 janvier), de 1805 (10 janvier) en font foi. Il approuve à Rheinfelden les statuts des chapitres ruraux du Buchsgau et du
1 Kætschet, op. cit., p. 100 et suiv. — 2 Ibid., p. 118.