‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 498 sur 612 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Grégoire XVI, afin que sa parole et ses exemples nous sanctifient et qu’il parvienne lui-même avec le troupeau fidèle qui lui est confié, à la vie éternelle . . . “ 1

A quelques jours de là, le provicaire Cuttat signalait avec distinction son entrée aux affaires en publiant une circulaire au clergé du Jura, à l’occasion de la nouvelle constitution et de la nomination des députés à la Constituante. Il faut citer ces belles et patriotiques paroles qui devraient servir de programme à toutes les opérations électorales dans notre patrie:2

„Tant de gens parlent de liberté, et ne la comprennent pas; attachez-vous, Messieurs, à leur en donner une idée juste et claire; on a voulu faire croire que la religion était l’ennemie implacable de la liberté, que ses ministres étaient par état les apologistes et les défenseurs de la tyrannie et de l’oppression; détrompez-les, détruisez ces préventions injustes, apprenez-leur que la religion, loin de combattre la liberté, en est au contraire la protectrice, l’appui, l'inséparable compagne, qu’elle en est la source, que c’est elle qui a détruit l’esclavage, elle qui nous délivre par sa vérité, qui donne à ses disciples ce sentiment de grandeur, cette élévation d’âme, qui fait connaître à l’homme sa dignité et son prix, ce qu’il est, et ce qu’il vaut; elle qui forme en lui ce caractère de force, et de sainte fierté, qui repousse tout autre joug que celui de la loi divine. — Dites-leur que nous aussi nous voulons la liberté, que nous l’appelons de tous nos vœux, que nous la voulons pour la pensée et pour son expression, que nous la voulons pour la conscience, pour la religion, pour son culte, pour l’Eglise et pour sa hiérarchie, pour sa doctrine et pour son enseignement, pour sa discipline et pour ses lois, pour ses ministres et pour tous les fidèles; que nous la voulons non seulement pour nous, mais pour tous, pour le pauvre et pour l’artisan, pour le négociant et pour le cultivateur, comme pour le magistrat, pour le juge et le souverain; que nous n’en restreignons pas le bienfait à ceux qui pensent comme nous, mais que nous l’étendons à ceux mêmes, qui professent d’autres opinions et d’autres principes que nous. — Enseignez-leur ce que c’est que la liberté publique, et combien elle diffère de la licence trop souvent confondue avec elle, et qui cependant lui est aussi opposée, que la vérité l’est au mensonge, et la lumière aux ténèbres; en effet, qu’est-ce que la liberté? c’est le droit et le pouvoir de faire le bien; qu’est-ce que la licence? c’est la triste et funeste faculté de faire le mal. - Voyez la distance qui les sépare l’une de l’autre! Mais qu’est-ce que l'on entend par le bien public dans la société? Le bien dans la société c’est ce qui est utile à tous ceux qui la composent, et qui n’est nuisible à personne; cependant comme plusieurs peuvent ignorer ce qui est utile à tous, c’est à la loi seule à déterminer ce qui est véritablement bon et avantageux pour tout le corps social; la liberté politique est donc le droit, commun à tous, de faire tout ce qui n’est pas défendu par la loi.

„La liberté étant ainsi conçue, il est aisé de voir, que non-seulement elle s’allie avec la religion, mais qu’elle en est indivisible; car la religion seule soumet la conscience à la loi, et par la conscience les actions ; partout où les lois religieuses seront obéies, la loi civile sera puissante, l’autorité douce et forte, l'ordre assuré, la tranquillité imperturbable, la propriété garantie, le bien général toujours préféré au bien particulier.

„ Après cela si l’on demande quelles qualités doivent avoir ceux qui seront appelés à la haute mission de poser les fondements de notre nouvelle constitution, nous répondrons, que la première à exiger d’eux, c’est qu’un esprit religieux les éclaire et les anime, c’est que la religion et la vertu les élève au-dessus de tous les petits et vils intérêts personnels, c’est qu’ils sachent s’oublier eux-mêmes pour ne penser qu’à nous, pour ne considérer que la société dont ils ont l’honneur d’être les membres et les représentants, c’est qu’ils n’aient qu’un but, le bonheur de la patrie. — Voilà les hommes de notre confiance; amis de Dieu, ils seront les nôtres; fidèles à la religion, ils le seront à leurs serments. — Daigne le Ciel faire tomber nos choix sur des hommes de ce caractère, et la patrie est sauvée !“

1 Dans nos archives. = 2 Circulaire de M. le provicaire Cuttat du 1er février 1831, de notre collection.

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