LE CONFLIT RELIGIEUX SOULEVE PAR LES ETATS
gouvernement d’Argovie s’adressa à celui de Lucerne pour demander une nouvelle conférence. Comme Vorort catholique, Lucerne envoya aussitôt aux Etats qui avaient pris part à la conférence de Baden, une invitation à une seconde conférence à Lucerne, ayant pour objet dérégler les points ecclésiastiques qui n’avaient pas été touchés dans la première. Les travaux de cette réunion à Lucerne ne méritent pas d’être relevés. Ce ne furent que des corollaires de ce qui s’était fait à Baden ; on décida d’élever l’évêque de Bâle à la dignité de métropolitain, mais en le soumettant à une pragmatique qui ne pouvait être acceptée ni par les catholiques ni par le Saint-Siège.
Pendant ce temps, le gouvernement d’Argovie ordonne au clergé de prêter le serment prescrit par les articles de Baden. Le clergé en réfère à son évêque. Mgr Salzmann répond: «Puisque plusieurs prêtres m’ont prié de me prononcer au sujet du serment qu’ils doivent prêter, je dois déclarer que cette affaire n’est, plus de ma compétence, vu que le souverain pontife l'a jugée et décidée. En 1832, pour un même cas, je reçus de Rome une décision apostolique qui ne permit le serment qu’avec la condition suivante: „Je prête ce serment en tout ce qui n’est pas contraire à la religion et aux lois de l'Eglise." Je courbe la tête devant la décision émanée du Saint-Siège, parceque je suis évêque catholique. Maintenant j’ai fait mon devoir." Le gouvernement argovien repousse cette restriction. Le clergé refuse le serment; saisi de terreur, le gouvernement met aussitôt quatre bataillons sur pieds, occupe militairement le Freyamt, et réclame l’assistance de l’autorité fédérale. Deux commissaires de la Confédération sont envoyés en Argovie, le Grand Conseil est convoqué, et après une séance très orageuse, il consent à admettre la restriction refusée par le gouvernement du canton. Aussitôt le clergé prêta le serment demandé et le conflit fut terminé (1835).
Vers le même temps, le Grand Conseil de Berne délibérait une première fois sur la question des articles de Baden. Le gouvernement, rendu prudent par les événements d’Argovie, proposa de renvoyer la discussion définitive à la session de février 1836; ce qui fut accepté.
Mieux inspiré que Berne et Argovie, le Grand Conseil de Soleure, sur un rapport de l'avoyer Glutz-Blotzheim, rejeta les articles de la Conférence de Baden.
Le 15 février 1836, le Grand Conseil bernois commença la discussion des fameux articles. Le gouvernement en proposait le rejet, trouvant inutile d’inquiéter en cela les catholiques bernois qui protestaient contre la conférence de Baden par une pétition couverte de huit mille signatures. La discussion fut d’abord modérée le 19, mais le lendemain les choses changèrent de face. Malgré les discours éloquents de MM. Vautrey et Moreau, le Grand Conseil adopta les articles de Baden par cent cinquantêVnnq voix contre trente-trois.
La première nouvelle qui en parvint dans le Jura, fut un coup de foudre qui retentit à travers tout le pays catholique et le jeta dans la stupeur. A Porrentruy, on plante, en signe de protestation, devant l’église paroissiale, un mai portant un écriteau avec ces mots: Vive la religion! (29 février 1836.) Cet exemple est suivi partout, et bientôt devant toutes les églises du Jura se dresse l’arbre de la protestation contre les articles schismatiques de Baden. Le gouvernement bernois s’en émeut et fait occuper militairement le Jura catholique par douze bataillons, représentant toutes les troupes dont il pouvait disposer. Trois commissaires civils et un commandant militaire sont envoyés pour dresser une enquête sur les événements.