‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 504 sur 612 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

A Porrentruy, un des premiers actes de la force publique fut d’envahir le presbytère pour s’emparer de M. Cuttat et de son vicaire M. Spahr. Prévenus à temps, ces deux vénérables prêtres avaient pu prendre la fuite et échapper à la haine de leurs ennemis. Mais l’autre vicaire de Porrentruy, M. l’abbé Bélet, avait été arrêté à Berne la veille, 10 mars 1836.

Après cette valeureuse expédition, une partie des troupes fut congédiée; quatre bataillons furent distribués à Porrentruy et dans les campagnes, qui durent supporter cette pénible occupation jusqu’au 25 avril. M. Cuttat, la première victime, se réfugia d’abord à Belle, chez M. Laurent Bourquard, puis à Burnhaupt-le-bas dans la famille Bitsch, enfin à Wattwiller chez M. le baron de Gohr qui sut protéger ce digne confesseur de la foi contre ses ennemis. M. Spahr resta à Burnhaupt. — Quant à M. Bélet, écroué le 10 mars à la prison de la porte d’Arberg, il fut ensuite transféré à la maison de force de Porrentruy; après sept mois de captivité préventive, il put enfin rejoindre M. Spahr sur la terre de France. Non content de poursuivre par la force ces vénérables ecclésiastiques, le gouvernement de Berne exigea de Mgr Salzmann la destitution du curé de Porrentruy. L’évêque n’osa pas résister à une pression si pleine de menaces et il suspendit M. Cuttat et ses vicaires, leur défendant tout, exercice des fonctions pastorales dans le canton de Berne. La cure de Porrentruy fut déclarée vacante et M. Varé, curé de Courgenay, nommé curé-doyen à la place de M. Cuttat (1836).

En présence de ces actes de violence, les ministres des puissances catholiques résidant en Suisse, firent des démarches actives auprès du gouvernement de Berne en faveur des catholiques du Jura cédés à ce canton par les traités de 1815. Le conseil exécutif crut opportun de réunir le Grand Conseil pour le mettre au courant des embarras où il se trouvait. Il y eut séance secrète et le 11 juillet 1836 on décida que les articles de Baden ne seraient mis en vigueur dans le canton de Berne qu’après une entente préalable avec le Saint-Siège. Aussitôt le gouvernement écrivit au Vorort catholique, c’est à dire an gouvernement de Lucerne, pour le prier d’engager des négociations avec le Saint-Siège à cet effet. Mais Lucerne n’en fit rien et les choses en restèrent là. Du reste, le pape manifesta clairement ses sentiments en adressant à M. Cuttat qui s’était retiré à Colmar, dans la famille Kohler, un bref d’encouragement et de félicitations au sujet de la persécution.

Les prêtres de Porrentruy, fidèles aux devoirs de leur conscience, partagèrent bientôt le sort de M. Cuttat. Le séminaire fut fermé. Les professeurs du collège, les régents des écoles de la ville furent privés de leurs emplois et forcés de chercher à l’étranger une position qui leur était refusée dans leur pays. 1 M. Varé s'installa au

1 Le principal du collège, M. Mislin, trouva une place de gouverneur chez le comte Charles de Bombelles à Vienne. Il enseigna l’histoire et la géographie aux archiducs d’Autriche, l’empereur actuel et son malheureux frère, l’empereur du Mexique. Il fut successivement élevé à la dignité d'abbé mitré de N. D. de Deg en Hongrie, chanoine de Grossvvardein, protonotaire apostolique, etc. Il est mort à Vienne le 6 décembre 1878 dans sa 72” année. Il était docteur en théologie et en philosophie, grand-croix de l’ordre du Saint-Sépulcre, commandeur de l’ordre Gonstantinien de Saint-Georges de Parme, de l’ordre de Léopold de Belgique, de l’ordre de S. Jacques de Portugal, et de l’immaculée Conception de Villa Viciosa, grand-commandeur de l’ordre du Saint-Sauveur de Grèce et de l’ordre du mérite de Toscane, membre de plusieurs académies savantes, etc. etc. Les autres prêtres, professeurs au collège de Porrentruy, MM. Champion et Piquerez, partirent pour Lemberg en Galicie, M. Fischer émigra à Naples où il devint aumônier du 4e régiment suisse qui était bernois. M. Girardin, instituteur des écoles primaires de Porrentruy, se rendit à Vienne en Autriche où il devint précepteur des enfants du comte Erdedy. Plus tard curé de Brislach, il est devenu grand doyen de la cathédrale de Soleure et camérier secret du S. Père. Les autres instituteurs destitués, MM. Fueg, Liaucourt et. Sehaller, furent ensuite curés dans le Jura.

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